A la fin de ce mois, cela fera cinq ans que le caporal Shalit est captif dans la Bande de Gaza. Si sa libération n’avance pas, c’est aussi, d’après le très bien informé Jacques Benillouche parce qu’elle suscite bien des réticences chez les Israéliens eux-mêmes.
Par Jacques Benillouche
« (Cet article a été publié le 9 décembre 2009* et il garde encore toute son actualité. J.B.)Le dogme de la sacro sainte solidarité des Israéliens avec leurs militaires, emprisonnés chez l’ennemi, semble remis en question. Tsahal s’était toujours engagé à faire revenir, mort ou vif, tout soldat aux mains des ennemis.
Pourtant aujourd’hui, de toutes parts, s’élèvent des voix pour refuser l’échange du franco-israélien Guilad Shalit aux conditions imposées par le Hamas mais jugées inacceptables.(…) La première opposition à la transaction vient d’une cinquantaine de rabbins, sionistes religieux, qui ont réussi à trouver dans la loi juive, la Halakha, des arguments pour s’opposer à la libération de prisonniers palestiniens.
Ils estiment que « la vie de tellement d’autres juifs est en jeu ». Ils donc prônent l’utilisation de la manière forte ou tout au moins de sanctions économiques draconiennes à l’encontre de la bande de Gaza pour faire plier les ravisseurs.
Pour l’un de leurs dirigeants : «les responsables israéliens ne veulent pas faire la guerre pour libérer Shalit de crainte de provoquer des pertes civiles chez nos ennemis, mais l’éventualité de la mort d’israéliens innocents dans le futur ne les touche pas autant».
Ce virage belliciste de religieux juifs, d’ordinaire soucieux du respect de la vie humaine, est une position nouvelle sans équivalence dans l’histoire récente. Ils viennent d’être relayés par l’ancien commandant en chef des ressources humaines de Tsahal.
Le général Eléazar Stern a fustigé « toute l’atmosphère créée autour de l’affaire Shalit et les manifestations en faveur de la libération du soldat qui montrent au Hamas qu’Israël est prêt à tout pour faire libérer Guilad.
Il a laissé entendre qu’un mort supplémentaire n’ajouterait rien au drame de la centaine de soldats tombés au cours de la guerre du Liban de 2006. Il a enfoncé le clou en affirmant « que si Israël déclarait Shalit disparu au même titre que Ron Arad, et si la plupart des responsables Israéliens restaient fermes, le Hamas réviserait ses exigences à la baisse.».
Un effet psychologique désastreux
Cette déclaration, venant d’un haut dignitaire militaire agissant peut-être sur ordre, semble annoncer un changement de doctrine de la part de Tsahal qui répugne à libérer des terroristes pouvant organiser d’autres attentats. Elle semble porter ses fruits puisque des concessions ont été obtenues.
Les prisonniers arabes, disposant de la nationalité israélienne, ne figurent plus sur la liste exigée par le Hamas. D’autre part, le premier ministre israélien a mis son veto sur la libération d’une cinquantaine de prisonniers considérés comme les plus dangereux.
Mais les dirigeants du Hamas ne veulent pas être enfermés dans le piège israélien et ont affirmé que « la seule façon pour Israël d’obtenir l’élargissement de Guilad consiste à céder à nos exigences ».
Pour les Israéliens, la transaction ne doit en aucun cas encourager d’autres kidnappings. Israël craint par ailleurs l’effet psychologique, désastreux pour leur communication, de prisonniers libérés, ayant du sang sur les mains, pavoisant à leur retour dans leurs foyers en narguant ouvertement l’Etat-major israélien.
C’est dire la difficulté dans laquelle se trouve Benjamin Netanyahou pour résoudre le dossier de Guilad Shalit. Quand à ses parents, ils risquent d’attendre encore avant que le portrait de leur fils ne soit démonté du fronton de la mairie du 16ème arrondissement de Paris ».
Jacques Benillouche
En quelques lignes:
Gilad (ou Guilad) Shalit : né le 26 aout 1986 à Naharya (Israël), de nationalité franco-israélienne. Caporal de Tsahal. Enlevé par un commando palestinien, le 28 juin 2006 à Keren Shalom, point de passage entre l’Etat juif, la bande de Gaza et l’Egypte. Sa libération a été une des raisons de l’opération « Plomb Durci » (déc. 2008-jan. 2009).
Jacques Benillouche : Juif français d’origine tunisienne. Travaille à la fois dans le matériel high-tech et le journalisme. S’installe en Israël en 2007. Extrêmement bien informé, notamment des dessous de la politique israélienne, son blog « Temps et contretemps » et ses chroniques comptent parmi les plus populaires sur le web francophone.
http://www.slate.fr/story/14173/gilad-shalit-israel-otage-hamas-abandon
Titre et intertitres sont de la Rédaction
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