Surprenante exposition collective d’art américain récent, « After Images » se veut une « ouverture » du Musée juif de Belgique aux amateurs d’art contemporain. Un choix qui suscite l’interrogation sur la coïncidence entre la passion de collectionneurs privés et les ambitions d’une institution voulant s’affirmer sur la scène des musées bruxellois.
La genèse de l’exposition réside dans une proposition faite par Charles Berkovic, grand connaisseur d’art contemporain, au secrétaire général du Musée juif de Belgique (MJB), Philippe Blondin, de se lancer dans cette aventure : « La galeriste CatherineBastide nous a fait bénéficier de ses formidables liens avec le monde des collectionneurs belges et nous a présenté Fionn Meade, commissaire d’exposition new-yorkais renommé et professeur à l’Université de Columbia, qui a guidé le choix des œuvres et dirigé le montage de l’exposition ». Lorsqu’on interroge Catherine Bastide, directriceartistique de l’exposition, sur le contenu de cette exposition, elle répond qu’il s’agit « d’une sélection d’œuvres emblématiques, venant de collections privées belges, montrant comment des artistes américains répondent aujourd’hui à la surabondance d’images et d’informations propre à notre culture globalisée ».
Philippe Blondin justifie son choix d’une exposition dont la plupart des artistes et des œuvres sont sans rapport avec la culture juive : « La fonction d’un musée est de s’ouvrir à un très large public, pour lui offrir un enseignement… et une délectation ! Notre musée ne peut pas s’enfermer dans des thématiques juives. L’art contemporain attire beaucoup le public belge. J’espère que ceux qui découvrent notre musée avec « After Images” seront curieux de voir aussi notre exposition permanente. Nous sommes le premier musée à présenter en Belgique une exposition d’art américain de cette ampleur ! Une première qui m’évoque l’initiative de Peggy Guggenheim et de son conseiller Howard Putzel, lorsqu’ils exposaient il y a quelque 65 ans, tous les artistes américains de l’école de New York, devenus ensuite si mondialement célèbres ! ».
Fionn Meade, commissaire de l’exposition, associe « After Images »aux théories du célèbre historien d’art Aby Warburg sur le« Nachleben »des images. Il souligne l’actualité de l’approche warburgienne des images et de leur circulation dans les écrits contemporains de Georges Didi-Huberman. Giorgio Agamben et Harun Farocki sont d’autres maîtres à penser de ces artistes américains récents dont les œuvres s’inscrivent dans la critique des modes de fabrication d’images dans un monde de plus en plus instable et interconnecté où images de conflits armés, de manifestations politiques et de célébrations rituelles se mêlent au divertissement, à la publicité, à la mode.
Manque de repères
La diversité des œuvres énigmatiques interpelle certes, mais l’amateur d’art juif aimerait trouver des repères dans l’exposition. Pouvoir mieux saisir la démarche de Sherrie Levine, d’Uri Aran, de Gedi Sibony ou de Seth Price, américain né à Jérusalem-Est… Les textes du catalogue ne permettent pas d’entrevoir les dimensions « juives-américaines » de ces œuvres venues « après les images ».
Le flux de visiteurs confirmera-t-il les espoirs des organisateurs de l’exposition ? Le musée bruxellois n’est certes pas la première institution muséale juive à tenter de se positionner en centre d’art contemporain. En septembre 1970, au Musée juif de New York, l’exposition « Software » introduisait les artistes à l’informatique. Une première, malgré les nombreuses pannes d’ordinateurs ! Et une étape marquante dans la carrière de John Baldessari, artiste conceptuel réputé et « doyen » de l’exposition collective « After Images ». C’est en effet au musée juif new-yorkais que Baldessari réalisa sa Cremation Piece: après avoir brûlé ses œuvres peintes de 1953 à 1966, l’artiste en enfermait les cendres dans un mur du musée, sous une plaque à son nom !
Précisons pour conclure que le MJB envisage aussi de « faire peau neuve » en démolissant le bâtiment actuel de façade, rue des Minimes, pour y substituer une architecture moderne. Ce nouveau musée ouvrirait donc ses portes fin 2014, « si tout va bien » !
« After Images » jusqu’au 28 août 2011
Tous les jours (sauf lundi) 10h-17h
Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles
Infos : 02/512.19.63 ou www.new.mjb-jmb.org
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