Pourquoi la réconciliation inter-palestinienne va dans le sens de la paix

Quelles que soient par ailleurs leurs opinions, les auteurs de cette tribune, parue dans Le Monde* du 14/6/11, ont au moins cette qualité de savoir de quoi ils parlent. Cela seul suffirait, nous semble-t-il, à rendre leur texte digne d’une lecture attentive.

La réconciliation palestinienne compte parmi les bouleversements fondamentaux survenus au Moyen-Orient. (…) En tant qu’anciens dirigeants internationaux et négociateurs de paix, nous avons appris qu’obtenir une paix durable exige une approche inclusive.

Nous considérons qu’il est d’une importance capitale que la communauté internationale soutienne l’unité palestinienne et évite toute étape qui pourrait compromettre le fragile processus de réconciliation. Cela est primordial pour les raisons suivantes :

-Premièrement, surmonter la scission entre la Cisjordanie et la bande de Gaza est une condition préalable à la création d’un Etat palestinien viable et unifié.

-Deuxièmement, un accord durable avec Israël ne pourra être obtenu que si le pouvoir palestinien est en mesure de négocier au nom de tous les Palestiniens et avec l’accord des principales forces politiques.

La réconciliation est donc un préalable pour parvenir à la solution des deux Etats. Demander au Fatah de choisir entre faire la paix avec le Hamas et faire la paix avec Israël présente un faux choix : une paix durable avec Israël n’est possible qu’avec l’implication du Hamas.

-La réconciliation palestinienne constitue une opportunité de renforcer la sécurité d’Israël. L’accord d’unité pourrait aider à consolider un cessez-le-feu, en prévenant de nouvelles attaques depuis la bande de Gaza contre les civils israéliens.

-Un échange de prisonniers palestiniens contre le soldat israélien Gilad Shalit israélien, capturé par le Hamas, pourrait être une autre conséquence positive de cet accord.

L’opportunité que représente l’accord d’unité doit être saisie sans répéter les erreurs du passé. En 2006, après la victoire du Hamas aux élections, les Etats-Unis et l’UE ont opté pour un boycottage politique et financier.

Avec du recul, ces politiques ont constitué un revers majeur pour le processus de paix, en exacerbant les divisions entre les Palestiniens et en consolidant le blocus de la bande de Gaza.

L’alternative est difficile à envisager

Le nouvel accord d’unité et les événements survenus dans la région offrent une chance aux Etats-Unis et à l’UE de changer de cap. Les principes du Quartet, dont la reconnaissance d’Israël, devraient être considérés comme des objectifs plutôt que comme des pré-requis à un engagement avec les dirigeants et factions palestiniens.

L’adhésion à un cessez-le-feu et à la non-violence est un seuil réaliste sur la base duquel entamer des négociations.

En soutenant l’unité palestinienne à ce moment crucial, les Etats-Unis et l’UE ont l’opportunité de montrer leur engagement en faveur de la solution des deux Etats ainsi qu’envers les aspirations démocratiques exprimées à travers le Moyen-Orient.

L’alternative est difficile à envisager. Si la réconciliation palestinienne est mise en péril, cela précipitera le conflit israélo-palestinien dans une impasse encore plus profonde, avec des conséquences dramatiques pour toutes les parties et pour la communauté internationale au sens large.

Massimo d’Alema(ex-Premier ministre italien), Hanan Ashrawi (ex-porte-parole de la délégation palestinienne pour le processus de paix), Shlomo Ben Ami (ex-ministre israélien des Affaires étrangères), Hervé de Charette (ex-ministre français des Affaires étrangères), Louis Michel (ex-commissaire européen belge au développement), Yezid Savigh (ex-négociateur de la délégation palestinienne pour le processus de paix), Alvaro de Soto (ex-coordinateur spécial de l’ONU), Hubert Védrine (ex-ministre français des Affaires étrangères).

*http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/06/14/oui-l-unite-palestinienne…

Les intertitres sont de la Rédaction

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