La franchise parfois rugueuse d’Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères israélien, choque souvent les chancelleries étrangères. Cependant, ses manières abruptes ne devraient pas cacher les réussites d’une diplomatie infiniment subtile.
Certes, à première vue, l’isolement diplomatique d’Israël ne cesse de s’aggraver. Mais les apparences peuvent être trompeuses et le redoutable joueur d’échecs qu’est Avigdor Lieberman sait mieux que tout autre accepter le sacrifice de pièces importantes pour améliorer ses positions.
Prenons l’exemple de la Turquie : avant tout le monde, le Ministre avait compris que cette puissance régionale majeure de 90 millions d’habitants n’était pas un allié fiable pour Israël. Il a donc accéléré la rupture tout en préparant des contrefeux.
Discrètement, tranquillement, il a resserré les liens politiques et économiques de l’Etat juif avec l’Azerbaïdjan (9 millions d’habitants), voisin de la Turquie. Un pays lui aussi musulman, mais d’obédience chiite et riche en pétrole…
Simultanément, Avigdor Lieberman a réactivé l’ancienne alliance avec cet autre voisin/adversaire des Turcs qu’est la Géorgie (4,5 millions d’hab.) et, dans la foulée, avec la Grèce, autre ennemie héréditaire d’Ankara. Conséquence : la Turquie est aujourd’hui encerclée, quasi isolée !
C’est cela la « stratégie Lieberman », de la géopolitique au plus haut degré. Autre succès, tout aussi brillant, face à l’Union européenne dont on sait que les grands Etats, France, Grande-Bretagne, Allemagne penchent dangereusement du côté palestinien.
Plutôt que de s’humilier en tentant de les faire changer d’avis (« Le temps des attitudes obséquieuses est révolu » a déclaré le Ministre début 2010), il a choisi de les contourner en s’alliant à la Lituanie et la Lettonie. Ces Etats sont peut-être moins vastes mais, dans l’Union, une voix vaut une voix…
On remarquera aussi que les alliances soigneusement choisies d’Avigdor Lieberman sont en général à usages multiples. Ainsi, les Pays baltes comme la Géorgie participent-ils également à l’encerclement d’une Russie à l’attitude ambigüe (livraisons d’armes à la Syrie, soutien aux Palestiniens, etc.). De même, l’Azerbaïdjan est-il un allié face à son autre voisin et ennemi, l’Iran.
Et la Grèce antiturque fait en même temps contrepoids aux ennemis d’Israël en Europe… Mieux encore, la « stratégie Lieberman » est mondiale, préparant des ripostes vis-à-vis de tout adversaire, actuel ou potentiel, de Jérusalem.
A portée de missile de la Floride…
C’est le cas des Etats-Unis, dont le Ministre sent venir la volte-face : les contremesures sont prêtes. Lors d’une récente visite dans l’Etat juif, le Président du Panama a, à l’instigation de M. Lieberman, promis de « toujours soutenir Israël ». Ce Panama dont le canal est indispensable au déploiement de la puissance militaire et économique de Washington…
Et ce n’est pas tout : Antigua-et-Barbuda, Etat de 90.000 habitants, situé dans les Caraïbes, à portée de missile de la Floride, a accueilli l’an passé un ambassadeur israélien. De même, non loin de là, pour la République dominicaine, avec qui Israël vient de signer « un partenariat spécial ».
Voilà pour la côte Est. Mais les Etats-Unis ne sont guère mieux lotis sur la côte Ouest. Par une série de manœuvres foudroyantes, Avigdor Lieberman a renforcé les liens d’Israël avec la quasi-totalité des puissances régnant sur l’océan Pacifique : la Micronésie, la République de Nauru, le Vanuatu, les îles Marshall, etc.
La place manque pour citer les alliés recrutés pour compenser une trahison de la Chine, de l’Inde, de l’Amérique latine, de l’Afrique, voire de l’Australie. Mais on peut nous croire sur parole : même s’ils sont parfois difficiles à trouver sur la carte, ils existent bel et bien.
On le voit, il n’est vraiment pas exagéré de qualifier la diplomatie de Son Excellence Avigdor Liberman « d’infiniment subtile ». Quant à son efficacité, elle sera l’objet d’un autre article.
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