Chassez le naturel…

Le gouvernement israélien vient d’autoriser l’agrandissement de 2.000 logements dans le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem-Est. Rien de politique, simple question de « croissance naturelle ».

En juin 2009 déjà, M. Netanyahou avait expliqué au Président Obama en quoi consistait cette intéressante notion de « croissance naturelle »des colonies : « Il s’agit de permettre aux habitants de vivre une vie normale ».

Les familles s’agrandissent et il leur faut davantage de place pour se loger, c’est aussi simple que cela. Et qu’y peut-on si cette « croissance naturelle » des colons est proprement miraculeuse ?

Car, à la vitesse où les colonies croissent, il faut bien admettre que l’Eternel, dans Sa mansuétude, a accordé à leurs habitantes la grâce de mettre un enfant au monde tous les deux mois.  

Comment expliquer autrement que la même « croissance naturelle » ait nécessité les constructions de 2.000 logements dans une soixantaine de colonies depuis la fin du très partiel « gel » de la colonisation, en septembre 2010 ?

Au demeurant, toute la politique qui a cours en Cisjordanie est placée sous le signe du naturel. Prenez la « barrière de protection » qu’a érigée Israël : n’est-il pas naturel qu’elle protège aussi les grands blocs d’implantations juives ?

De même, pour les dizaines « d’avant-postes » plus ou moins « sauvages » actuels, qu’attendent-ils sinon que le cours naturel des choses amène leur légalisation ? Tout comme le fait que d’expansions en agrandissements naturels, la Cisjordanie se retrouve bientôt divisée en deux grandes parties, elles-mêmes constellées de colonies naturelles ?

Rien de tout cela n’est artificiel et se comprend parfaitement, si on prend en compte la dimension « mauriacienne » de Benjamin Netanyahou. On se souvient que, dans les années 1970,  François Mauriac, écrivain et polémiste, écrivait : « J’aime tellement l’Allemagne, que je préfère qu’il y a en ait deux ».

J’aime tellement la Palestine que je préfère qu’il y en ait plusieurs

Benjamin Netanyahou n’a pas dit autre chose au Congrès américain, fin mai : « Israël sera généreux quant à la taille de l’Etat palestinien, mais nous serons très fermes quand il s’agira du tracé des frontières. C’est un principe important ».

Dit autrement, les frontières seront celles de la croissance naturelle des colonies. Et l’actuel Premier ministre, comme ses prédécesseurs d’ailleurs, pourra s’exclamer : « J’aime tellement la Palestine que je préfère qu’il y en ait plusieurs ».

Et il fait tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il y en ait au moins trois. Car si la paix dont il rêve était signée, un Etat palestinien verrait certainement le jour en Cisjordanie. Dans sa partie nord. Et un autre dans sa partie sud. Sans oublier celui qui existe déjà à Gaza, Un, deux, trois, le compte est bon.

Si, par contre, la paix n’est pas signée, il faudra alors reprendre les négociations à zéro. En sachant que, croissance naturelle oblige, ce sera alors cinq, dix Palestine qu’Israël proposera avec générosité.

D’ici là, M. Netanyahou prendra certainement la peine d’aller expliquer au Congrès américain en quoi il est naturel qu’Israël s’acharne à coloniser un territoire étranger qui ne lui apporte rien et lui coûte tant en vies, en argent, en dangers pour son existence et en isolement mondial.

 

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