C’est une séquelle du livre « La torah du Roi » qu’ont publié en 2009, deux rabbins de la colonie de Yitzhar en Cisjordanie. Un bouquin épatant. Dans les premières pages, les auteurs expliquent que sauf s’il s’agit de soldats ennemis, la Torah interdit de tuer des non-Juifs. Et ce, quelles que soient les circonstances. En aucun cas. Jamais.
Puis, tout le reste du livre détaille des exceptions à cette règle d’où il ressort qu’en définitive il est licite de tuer n’importe quel non-Juif , ne serait ce que pour « freiner ses incitations malignes » . Ou « si leur influence constitue une menace », même s’ils sont innocents par ailleurs.
Il est aussi recommandé de tuer les bébés des ennemis pour éviter « qu’ils ne causent des préjudices quand ils auront grandi ». Plus humaniste que ça… . On dira que les auteurs de cet ouvrage puant, raciste et haineux ne sont en rien représentatifs du judaïsme et on aura raison.
En janvier de cette année, la police finit donc, par émettre un mandat d’arrêt à son encontre. Fureur de la droite religieuse : pourquoi toute cette histoire pour un simple « délit d’opinion» ? En février, plusieurs députés religieux déposèrent un projet de loi « Dov Lior »
Il accordait aux rabbins quand ils parlaient théologie, une « immunité religieuse », équivalente à l’immunité parlementaire. Le fantasme absolu des intégristes : que l’Etat n’ait plus le droit de s’immiscer dans leurs affaires.
Las, les incroyants de la Knesset rejetèrent la proposition. Pire encore, voici quelques jours, la police osa arrêter le rabbin Lior et l’interroger durant toute une heure de soixante minutes avant de le relâcher. Naturellement, plusieurs centaines de ses partisans descendirent illico dans les rues afin de protester contre ces méthodes nazies.
Mais ce qui est plus intéressant, ce sont les manifestations de soutien que reçut le rabbin Lior. Yaakov Margi, ministre (Shass) des Affaires religieuses : « Si la police voulait enquêter sur le rabbin, il aurait été plus approprié de le faire de manière plus respectueuse »
Mettre les « ayatorahs » au pas ?
Le rabbin Israël Eichler, (Union pour le Judaïsme de la Torah) dénonça une « triste date » et affirma que « celui qui a pris la décision de l’arrestation doit être puni ». Dans la foulée, vingt députés (sur 120) réclamèrent le renvoi du Procureur-adjoint de l’Etat, Shai Nitzan et de son équipe.
Pour le député Michaël Ben-Ari d’Union Nationale (extrême droite), « son arrestation et son enlèvement humilient une population toute entière ». Même les deux Grands rabbins d’Israël ont publié un communiqué déplorant « cette grave offense qui porte atteinte à l’honneur de l’un des plus importants rabbins et dirigeants de l’opinion religieuse ».
Ce n’est pas que ces gens approuvent nécessairement tout ce que disent ou écrivent Lior et ses acolytes.. C’est le principe du « Touche pas à mon rabbin » qu’ils défendent. Une sainte solidarité qui ne s’embarrasse ni de vulgaire morale ni légalité.
Et qui aide aussi à comprendre pourquoi on parle de plus en plus « d’ayatorahs » à leur sujet. En République islamique d’Iran aussi, les religieux sont intouchables. Même le Premier Ministre a compris que les bornes étaient franchies.
Il a donc précisé publiquement qu’Israël était « un Etat respectueux de la loi » et que ce respect était valable pour tout le monde. Toutes choses allant sans dire et, d’évidence, encore mieux en les disant.
Ce genre d’attitude plaide vraiment pour une nouvelle coalition Likoud-Kadima-Travaillistes. Déjà, elle chercherait, voire trouverait, les voies d’une vraie paix avec les Palestiniens. En plus, elle pourrait adopter d’urgence une législation mettant au pas les partis religieux.
Car, de droite ou de gauche, personne de sensé ne devrait avoir envie de voir Israël devenir une théocratie où seraient appliqués les préceptes de la « torah du roi »…
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