La gifle du Sénat à Israël

Sauf erreur, c’est la première fois que notre pays et l’Etat juif sont officiellement en désaccord sur une question diplomatique majeure

Pour les Juifs belges, cela a été un choc : sur les 74 membres du Sénat, 43 ont voté en faveur d’une résolution demandant au gouvernement de reconnaître l’Etat palestinien. Onze sénateurs (VLD, Vlaams Belang et trois MR) se sont abstenus. Aucun n’a voté contre.

Encore ces députés MR ont-ils fait savoir qu’ils auraient aussi approuvé le texte s’il avait, comme ils l’avaient demandé, condamné  «les visées politiques destructrices du Hamas»  contre d’Israël.

Si le gouvernement suit les sénateurs, la Belgique sera le 118ème  pays (sur les 193 que compte l’ONU) à adhérer à la demande des Palestiniens d’être reconnus comme Etat lors de l’Assemblée Générale de septembre prochain.  

La communauté juive n’ignorait certes pas à quel point l’image d’Israël s’était détériorée chez nous ces dernières années. Mais, sauf erreur, c’est la première fois que les deux pays sont en opposition frontale sur une question diplomatique majeure.

Depuis 1944, les Juifs ont toujours pu compter sur la bienveillance, le soutien et la protection des gouvernements successifs. Par rapport à Israël, il y a eu des hauts et des bas mais les points de vue s’équilibraient et on pouvait discuter.

Là, c’est la claque, sèche, claire. Reste à essayer de comprendre pourquoi. Certains diront  « électoralisme » : le PS et la sp.a, qui ont déposé le texte, draguent les électeurs musulmans.

D’autres parleront d’un « anti-israélisme » aussi primaire que l’antiaméricanisme qui sévit dans notre classe politique. D’aucuns subodoreront un antisémitisme mal dissimulé  sous les oripeaux de l’antisionisme.

P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non. On tendrait plutôt à croire que, plus simplement, le Sénat a rejoint l’opinion publique. Or, pour ceux qui la composent, le Moyen Orient n’est qu’un problème parmi d’autres.

Et, pour autant qu’ils se sentent concernés, ils ont un point de vue dénué de nuances : leur sympathie va aux faibles, à ceux qui souffrent. Et donc, en l’occurrence, aux Palestiniens.

Inutile de parler au citoyen de base des souffrances précédentes ni des dangers futurs : tout ce qu’il sait, c’est que depuis 1967, soit 44  ans, ce sont les Palestiniens démunis qui vivent, luttent et meurent face à un Israël surarmé.

Et, quoi que promettent « spin doctors » et communicants, ni un usage intelligent des réseaux sociaux d’Internet ni des campagnes de publicités bien ciblées ne modifieront cette manière de voir. 

Non que le « produit Israël » manque de qualités, que du contraire. Mais, si éminentes soient elles, elles pèseront toujours trop peu face aux dix lettres du mot « OCCUPATION ».

Tant que cette dernière durera, il est futile de chercher d’autres raisons à l’attitude de nos dirigeants à l’égard d’Israël. Ou à celle du reste de l’Europe, d’ailleurs. Ou demain, du continent nord –américain.

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