Les « Indignés » de Tel-Aviv

Dans la plupart des grandes villes, la classe moyenne multiplie les manifestations contre son appauvrissement. L’heure de vérité pour le Likoud qui est responsable de cette dégradation ? 

Le plus intéressant, quand les manifestants ont commencé à s’installer dans les rues de Tel-Aviv, cela a sans douté été les réactions du gouvernement actuel. D’abord, il n’a rien compris. Depuis 2004, le taux de croissance de l’économie tourne autour de 4,5% par an.

Le taux de chômage est au plus bas à 5,7%. Que voulaient donc ces jeunes avec leurs tentes ? Quand on a expliqué aux ministres qu’ils réclamaient des logements, ils ont ricané : voyez ces enfants gâtés  qui ne veulent vivre qu’à Tel-Aviv….

Lorsque les manifestations ont pris de l’ampleur, ces estimables dirigeants  y ont vu la main « d’extrémistes gauchistes », financés, comme il se doit, par l’étranger. Ensuite, ils ont décliné toute responsabilité : c’était la faute du précédent gouvernement et d’une« bureaucratie scandaleuse »…

A la fin des fins, quelqu’un parmi tous ces braves gens a compris que la situation était vraiment inquiétante et le gouvernement a repris à son compte la totalité des doléances  des manifestants. Oui, oui,  la situation était scandaleuse !

Oui, oui, en un an, le prix d’un appartement avait augmenté  de 32 % à Tel-Aviv et de 17 % à Jérusalem pour fixer autour de 200 000 euros. Sans parler de ceux à 5 millions dans certaines tours de luxe.

Et non, non, il n’était  pas non plus possible de louer quand un  appartement familial revenait à 1.000 euros par mois. Mais, à présent que le gouvernement était au pouvoir, tout cela allait changer (Il n’a toutefois pas été jusqu’à remettre en question le refus des  Finances d’augmenter le salaire minimum à 850 euros)…

Des commissions parlementaires ont donc adopté des projets de réformes, le Premier Ministre va proposer son propre plan-logement, des habitations sociales vont fleurir dans tout le pays. De quoi, espère le Likoud, faire oublier le reste. A savoir que ces dernières années, le pain a augmenté de 10%, l’eau de 134%, l’essence de 13%,.

Et les transports,  les études supérieures, les impôts indirects…. Si bien qu’alors quele salaire moyen d’un Israélien est inférieur d’un tiers à celui d’un Européen, ses dépenses quotidiennes sont plus élevées de 20%, au moins.

Le libéralisme, une drogue dure

Pour l’heure, la révolte de cette jeunesse  est tournée contre les grands groupes financiers et elle réclame l’aide du pouvoir pour mettre un frein à leurs excès. Et les ministres  actuels sont prêts à tout pour éviter qu’elle comprenne que ses dirigeants ne sont pas  la solution mais le problème.

Car, comme tous ses prédécesseurs de droite depuis 1977, le gouvernement actuel a démantelé avec méthode l’Etat-providence mis en place par la gauche afin de couvrir les besoins essentiels des citoyens.

Certes, ce système avait atteint ses limites et demandait une reforme en profondeur. Mais, à force de privatisations et de suppression d’acquis sociaux, la droite a déjà laissé sur le bord du chemin les 25% les plus fragiles de la population.  

Bon, c’étaient surtout des Arabes ou des ultra-orthodoxes, qui, de toute façon, votaient peu Likoud. Le souci avec le libéralisme, c’est, si on n’y prend garde, il devient vite une drogue dure qui peut s’avérer mortelle.

Ainsi, dans la foulée, la droite  a-t-elle aussi paupérisé cette classe moyenne qui constitue l’épine dorsale du pays.. Spécialement les jeunes qui font l’armée, étudient, travaillent. Et payent le gros des impôts.

Ce sont eux qui constatent qu’aujourd’hui, même lorsque les deux adultes d’une famille travaillent, ils n’ont plus les moyens de se payer un logement décent. Et qu’il n’existe plus aucun filet de protection sociale pour eux.

Eux qui manifestent contre le capitalisme sauvage, les écrasantes disparités sociales, l’injustice criante de la société, la corruption des élites. Eux qui pourraient bien comprendre que le Likoud travaille la main dans la main avec les millionnaires qui font la loi économique dans le pays,.  

Ce que le parti de M. Netanyahou entend empêcher à tout prix. Car si la population s’apercevait que c’est le crédo idéologique du  Likoud qui est responsable de sa situation, ce serait un coup à ramener au pouvoir des gens nettement moins inféodés aux riches.

Des dirigeants qui connaitraient, eux, cette phrase de l’économiste Armory Lovens : « Le marché est un superbe serviteur, un mauvais maître et la pire des religions »…

]]>