Jours ordinaires en Cisjordanie

On en parle moins, mais, pendant que le peuple manifeste, l’occupation se poursuit en Cisjordanie. Voici ce qui s’y est passé ces derniers mois.

Comme la plupart des Israéliens, vous n’avez pas envie de savoir tout cela. Pas plus que ceux qui, comme nous, aiment et soutiennent Israël. Et pourtant, telle est la réalité que le gouvernement actuel et ses séides d’extrême droite imposent en Cisjordanie. Au nom de l’Etat du peuple juif. 

Constructions. Peu importe le contexte politique. « Légales » ou illégales », les constructions se poursuivent. Ce 18 juillet 2011, le gouvernement a annoncé la construction de 294 logements « réservés à des Juifs » à Betar-Illit (sud de Jérusalem) et 42 à Karné Shomron près de Naplouse.

Expropriations. Pour construire, il faut parfois exproprier. Voici par exemple, « l’avant-poste » d’Hayovel (nord de la Cisjordanie). Illégal, même aux yeux du gouvernement israélien. Pour le légaliser et y construire une route menant à une colonie « légale », les autorités ont, par un tour de passe-passe juridique, exproprié 19 hectares de terres du village palestinien de Qaryout.

Destructions. Pour construire, il faut aussi parfois détruire. Ces derniers temps, les bulldozers ne chôment pas. En 2010, il y avait eu 431 destructions de maisons palestiniennes. Pour les six premiers mois de 2011, le chiffre atteint déjà 356, dont 132 pour le seul mois de juin. 

En chiffres humains, cela donne 594 hommes, femmes et enfants expulsés de chez eux en 2010. Et 704 hommes, femmes et enfants, cette année.  

Evacuation. Parfois, la construction ne marche pas. Il suffit que la Cour suprême d’Israël s’en mêle et que l’Etat y mette du sien. Ainsi de « l’avant-poste » de Migron, près de Ramallah, bâti sur des terres -non expropriées- de Palestiniens.

En 2006, un tribunal israélien avait ordonné son évacuation, et le gouvernement lui-même en avait reconnu l’illégalité. Cinq ans plus tard, ce 1er août, la Cour a incité les pouvoirs publics « à ne pas traîner les pieds » et à procéder à l’évacuation. C’est comme si c’était fait.

Arrestations. « Pertes collatérales », disent les militaires. Le 13 juillet, Tsahal cherche un militant du Jihad islamique dans le camp de réfugiés d’El-Farah  (nord de la Cisjordanie). Un Palestinien de 21 ans est tué et cinq autres arrêtés. Mais pas le militant.

Idem, le 1er août, dans le camp de Kalandia. Recherche de suspects. Jets de pierres (cinq soldats blessés). Tirs de l’armée : deux morts.

Colons. Ce n’est pas pour autant que l’armée est populaire auprès des colons. Au contraire. C’est que certains militaires, comme le colonel Nitzan Alon, commandant de la Division « Shomron », prétendent les empêcher de mettre au pas les Arabes.

Résultat : insultes, voiture vandalisée, menaces sur sa famille… Danny Dayan, le président du « Conseil des Localités de Judée-Samarie » (« Yesha ») s’est désolidarisé de ces agissements tout en « émettant de sévères critiques » sur certaines déclarations et agissements du colonel.

Agressions. Ce 27 juillet, trois membres de la colonie « légale » d’Havat Maon ont attaqué des bergers palestiniens. Les hommes masqués leur ont jeté des pierres avant de s’en prendre à des « observateurs » de deux organisations internationales (« Dove Operation » et « Christian Peacemaker Team »).Frappé à coup de barres de fer, l’un des observateurs a été hospitalisé.

Interdictions. S’il n’a rien dit sur ces agressions, le même Danny Dayan n’a pas apprécié la décision de Tsahal d’interdire la Cisjordanie à une douzaine de colons « radicaux ». Des gens suspectés par le Shin Bet (Sécurité intérieure) d’incendies de voitures, de maisons et de mosquées. Pas de quoi émouvoir le Président de « Yesha » qui a dénoncé ces « mesures non démocratiques ».

Prise de position. Au vu de tout cela, on peut s’inquiéter pour le major-général Avi Mizrahi. N’a-t-il pas déclaré à une télévision israélienne que « le terrorisme juif contre les Palestiniens risquait de mettre le feu aux poudres dans les territoires » ?

Il a aussi précisé qu’il fallait fermer la colonie de Yitzhar, près de Naplouse, qui est une des principales sources des agressions juives contre les Palestiniens. Ces colons chercheraient, semble-t-il, à provoquer une 3e intifada, histoire d’empêcher la reconnaissance de l’Etat de la Palestine par les Nations-Unies en septembre 2011…

Maladie de l’occupation. Quarante ans que dure l’occupation et que s’y produisent des événements comme ceux-ci. Quarante ans que ce cancer ronge le flanc de l’Etat juif et ravage ses valeurs démocratiques.

Et chaque jour qui passe rend plus clair les termes de l’alternative : soit Israël tranchera dans le vif et se débarrassera de la Cisjordanie, soit la Cisjordanie finira par détruire Israël.

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