L’an prochain à Berlin ?

L’Histoire aime se jouer des hommes. Savez-vous quelle est désormais la destination favorite des jeunes Israéliens ? Berlin. Loin devant Prague ou Barcelone et même -ce qui est déplorable- Bruxelles !

En dix ans, le nombre d’Israéliens ayant visité Berlin a été multiplié par cinq. Et lorsqu’après l’armée, ils effectuent un voyage « de décompression », la capitale de l’Allemagne tend à remplacer des destinations comme l’Inde. 

Encore, s’ils ne faisaient que visiter. Mais ils sont de plus en plus nombreux à s’y installer. 50% en plus depuis 1999. Et le nombre d’étudiants israéliens dans les deux universités berlinoises a doublé.

Bien sûr, ce n’est pas encore New York où selon des estimations -forcément imprécises-, ils seraient entre 30 et 45.000, mais il y aurait tout de même entre 8 et 10.000 Israéliens dans la capitale allemande.

Et ce n’est pas fini. Les cours d’allemand fleurissent en Israël, et ceux de l’Institut Goethe à Tel-Aviv sont complets pour les deux prochaines années. Berlin est cool. Berlin est in. Berlin est « the place to be».

Comme d’innombrables jeunes Italiens, Espagnols, Français… les jeunes Israéliens sont aimantés par cette ville bohème, multiculturelle, tolérante dont le goût de la fête et la vie nocturne sont renommés dans toute l’Europe.

En plus, contrairement à Londres, par exemple, Berlin n’est ni chère ni stressante. On peut y subsister à peu de frais et y goûter une douceur de vivre des plus appréciables quand on vient de Tel-Aviv ou Sdérot.

Et à Berlin, tout semble possible. Même d’entendre à la radio : « Vous écoutez Kol Berlin (« La voix de Berlin »), shabbat shalom ». Une émission en hébreu où des Israéliens passent de la bonne musique et donnent de bons conseils aux nouveaux arrivants.

Même de participer à des soirées « Meshugah » (« Cinglé »), organisées par la communauté gay avec aux platines Aviv Netter  alias « DJ Aviv without Tel ». Ou de retrouver sur les bords de la Spree, une plage « comme à Tel-Aviv », raquettes, pastèques et jolies filles incluses.  

Ce n’est plus la même Allemagne

Mais tout de même, c’est… Berlin.  Berlin,  Hitler,  les nazis. Cinquante millions de morts, dont six millions de Juifs. Ils le savent, ça ? Savent-ils où ils sont lorsque, comme le recommandent les guides, ils flânent dans les merveilleux jardins de la villa Marlier ?

Savent- ils qu’ils se trouvent dans la propriété où fut organisée la Conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942, celle durant laquelle les dirigeants nazis décidèrent d’exterminer les Juifs ? Mais oui, ils le savent. Ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes qu’ils sont idiots.

Ils ont appris l’histoire du judéocide à l’école et ils ont tous connu un parent ou un voisin au bras arborant un tatouage bleu indélébile. D’ailleurs, s’ils avaient besoin de se rafraichir la mémoire, il y aurait toujours les « stolpersteine » (litt. : « pierres d’achoppement »). 

Ces plaques de cuivre doré que la mairie de Berlin a fait apposer devant chaque maison de déporté et qui attirent irrésistiblement l’œil. Mais cela n’est pas nécessaire. Beaucoup savent où ils sont et que pour eux, c’est un retour aux sources.

Et aussi une sorte de victoire que de vivre heureux dans cette ville que les nazis voulaient « judenrein ». « Il ne s’agit pas d’oublier quoi que ce soit », disent ces jeunes israéliens. « Nous avons une responsabilité pour que l’Histoire ne se reproduise pas. Mais il faut passer à autre chose ».

Ils ont raison bien sûr. Ce n’est plus la même Allemagne. Et eux ne sont plus les mêmes Juifs. Et cependant… Berlin… Entre toutes les villes… Oui, l’Histoire aime se jouer de nous.

 

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