Cisjordanie : « occupée » ? « Disputée » ? « Libérée » ?

Un internaute nous invite* à « apprendre la vérité » sur la Cisjordanie en regardant une vidéo du vice-Ministre des Affaires étrangères, Daniel Ayalon (Israël Beteinou) sur http://danilette.over-blog.com/article-la-verite-sur-la-judee-samarie-guy-milliere-80569164.html

Voilà une vidéo qui, de fait, mérite d’être regardée. On pourra y voir une excellente illustration du travail des « communicants » à qui le gouvernement israélien actuel a confié la tâche de redorer l’image d’Israël. 

Du vraiment bon travail qui ferait bondir les ventes de n’importe quel dentifrice d’au moins 50%. Qu’y voit-on ? Un Daniel Ayalon au mieux de sa forme. Ministériel. Calme. Loin des attitudes brutales de son maître, Avigdor Liebermann.

Un dirigeant tranquille, pédagogue, mais pas pédant, sûr de lui, mais sans arrogance. Une voix  posée, une gestuelle sereine, utilisant des dessins et des cartes simplifiées pour illustrer son propos.

Et surtout un  bon « storytelling » (« communication narrative » , le « nouveau » concept des publicitaires qui consiste à raconter une histoire pour retenir  l’attention du  public-cible. Et, comme souvent, c’est là que le bât blesse.

Le storytelling d’Ayalon est intéressant, élégant, clair. Et biaisé. Il se limite à reprendre les vieilles légendes que la droite aime se raconter le soir autour des miradors. Et d’abord celle des vilains Britanniques dans les années 1920.

A cette époque, ces méchantes gens auraient volé 70% de la « Palestine historique » (où devait s’établir le Foyer national juif), pour y créer l’actuelle Jordanie. Mais, distraitement, M. Ayalon oublie quelques détails. 

Par exemple, il ne précise pas que cette « Palestine historique » a été créée de toutes pièces dans ces frontières-là par les Anglais lors de la Conférence de San Remo, en avril  20.  

Et que les mêmes ont changé d’avis lors de la conférence du Caire de mars 1921. Onze mois d’existence : on admettra peut-être que c’est un peu court pour justifier un « droit historique » et prétendre, dans la foulée que c’est là que se trouve le « vrai » Etat palestinien…

Autre conte : la véritable histoire de la Cisjordanie que les Israéliens occuperaient à l’insu de leur plein gré depuis 1967.  C’est que, raconte M. Ayalon, celle-ci a été conquise et annexée par la Jordanie lors de la guerre d’Indépendance d’Israël de 1948, voyez-vous.

On ne vend pas une politique comme une savonnette

Une annexion que seule la Grande-Bretagne avait reconnue et qui était nulle et non avenue aux yeux du droit international. En juin 1967, Tsahal s’est donc emparé d’un territoire occupé illégalement.

Par conséquent, poursuit cet implacable raisonnement, la Cisjordanie n’est pas un territoire « occupé », mais « disputé » ou « contesté ». Un changement de dénomination qui n’est pas sans rappeler l’adjectif  « light » de certains produits.

La publicité vous assure qu’ils contiennent moins de sucre, et ce n’est pas faux. Mais elle « oublie » de vous préciser qu’il y a davantage de graisses dedans et donc qu’au final, ils font autant grossir que les autres. 

De même, Danny Ayalon « oublie » l’avis de la Cour internationale de Justice des Nations Unies qui, non sans un certain bon sens, rappelait en 2004 : « Un territoire est considéré comme occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie ».

Un peu comme la Cisjordanie, non ? Il oublie aussi que, « occupés », « disputés », voire « libérés », ces territoires n’appartiennent de toute façon pas à Israël. Et que celui-ci  n’a aucun droit  (ni d’ailleurs, aucun besoin) d’y construire des colonies.

Dit autrement, le joli exercice de propagande de M. Ayalon renforcera ceux qui sont déjà convaincus de la justesse de la cause israélienne. Il donnera quelques (faux) repères à des jeunes en mal d’arguments.

Mais il manquera largement la cible visée : les « neutres » de l’opinion publique,  ceux dont la religion, si l’on ose écrire, n’est pas encore faite dans le conflit israélo-palestinien. 

Les dirigeants israéliens actuels seraient bien inspirés de réaliser que, en dépit des promesses de leurs communicants, et contrairement à ce qu’ils voudraient, on ne vend pas une politique comme une savonnette.

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