Le maire, l’éléphant et les Juifs

C’est aussi cela, la démocratie : la possibilité d’élire des gens plus ou moins compétents, mais tout à fait… comment dire…  atypiques.

Chez nous, on songe, bien sûr à l’ineffable Michel Daerden. Mais, à l’étranger, ce n’est pas triste non plus. Voyez Arturas Zuokas, le maire de Vilnius (Litanie), qui a écrasé voici peu une Mercedes mal garée avec un char de l’armée. 

Bien, c’était pour de faux, histoire de montrer aux contrevenants ce qu’ils risquaient. Mais tout de même… Londres aussi aime les fortes personnalités : son ancien maire, Ken Livingstone, dit « Ken le rouge » (ancien trotskiste…) était déjà souvent… surprenant.

Mais c’était un gamin comparé à l’actuel, le très tory Boris Johnson, surnommé, lui, « Boris le bouffon ». Peut-être parce qu’un de ses slogans de campagne était : « Votez conservateur et votre femme aura de plus gros seins » ?

Et bien sûr, il y a Léonid Tchernovetski, le maire de Kiev, capitale de l’Ukraine. Aussi, un homme intéressant, celui-là. D’abord, il est 85e dans la liste des « 100 plus riches personnalités d’Europe ». Une fortune estimée à 800 millions de dollars, acquise durant les juteuses -pour certains- années de la « perestroïka ».

Elu maire de la capitale en 2006, Tchernovetski a entrepris de renflouer les caisses de la ville. A sa façon : il a rendu payant l’accès des voitures dans les cimetières, prélevé un impôt sur les célibataires, quintuplé les prix des services municipaux…

Il a aussi tenté de faire payer  les services médicaux, (dont la gratuité est inscrite dans  la Constitution). Par ailleurs, il a limogé le directeur du zoo de Kiev. A juste titre, d’ailleurs : l’unique éléphant du parc souffrait de solitude…

Tchernovetski a longtemps rêvé d’un voyage dans l’espace, ce qui lui a valu le surnom de « Liona-diminutif de Léonid-  Cosmos ». Puis, il s’est converti à une secte, « l’Ambassade du royaume de Dieu », dont le « pasteur » est, par ailleurs poursuivi pour escroquerie.

Ce dont le maire est aussi soupçonné. Selon l’ancienne Premier Ministre Ioulia Timochenko, la corruption est endémique à la mairie, spécialement lors de la vente par la mairie de terrains municipaux…

Excédé, le parlement ukrainien a exigé que M. Tchernovetski se soumette à une expertise psychiatrique. Le maire a réagi en se présentant en maillot devant les médias pour courir et nager afin de « prouver sa forme physique et mentale».

« Holodomor » et « Shoah »

En novembre 2010, tout en conservant son titre, il a été privé de tous ses pouvoirs par le président Ianoukovitch. Depuis, il n’était  pas réapparu en public. Jusqu’à ce que, voici quelques jours, une équipe de télévision ukrainienne le retrouve.

Le maire se trouvait « en vacances non officielles », comme il dit, dans un luxueux appartement… de Tel-Aviv. Ce qui pourrait bien être sa plus grosse bêtise. Aurait-il, comme en court la rumeur, la double nationalité ukrainienne et israélienne ?

Déjà, ce serait illégal selon la loi ukrainienne. Ensuite, cela signifierait qu’il est juif. Or, les rapports entre Juifs et Ukrainiens sont quelque peu ambivalents. Officiellement, tout va bien. Les quelque 500.000 Juifs ukrainiens sont heureux dans leur patrie.

Avec Israël, les rapports sont cordiaux. Les deux pays ont abrogé en février  les visas d’entrée pour leurs citoyens et une zone de libre-échange économique devrait voir le jour sous peu. Mais cela n’est pas suffisant pour effacer un terrible passé.

Les Juifs n’ont pas oublié l’aide empressée que bon nombre d’Ukrainiens apportèrent aux nazis dans le massacre des deux tiers des 2 millions et demi de Juifs qui vivaient alors dans le pays.

D’autre part, les nationalistes Ukrainiens étaient -et sont encore- persuadés que les Juifs ont joué un rôle majeur dans « l’Holodomor » (« l’extermination par la faim ») dont ils ont été victimes au  début des années 1930.

Pour briser toute résistance au communisme, Staline avait alors délibérément causé une famine artificielle en Ukraine. Ses troupes avaient confisqué denrées alimentaires, céréales, etc.  causant la mort de quatre à dix millions de personnes.

Des troupes dont les nationalistes ukrainiens sont persuadés qu’elles étaient menées par les Juifs. Selon les fantasmes de l’époque, n’étaient-ce pas eux qui dirigeaient en sous-main, le bolchévisme mondial ?

Vues sous cet angle, les pitreries du maire prêtent beaucoup moins à sourire. Si la gestion de « Liona  Cosmos » s’avérait aussi désastreuse qu’il le semble, cela ne pourrait que renforcer les convictions de ces 75% des Ukrainiens qui, aujourd’hui encore,  croient peu ou prou en l’existence d’un « complot sioniste mondial »…

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