Deux visages d’Israël

Deux articles à propos de la rentrée scolaire, et ce sont deux visions du judaïsme qui se télescopent. L’une tournée vers l’avenir, l’espoir et la paix. L’autre, bloquée dans l’obscurantisme, cultivant l’intolérance et le rejet.  

Sur l’intéressant site IsraëlValley*, un article sur l’Institut Universitaire Beit Berl** près de  Kfar Saba : on y découvre un établissement créé en 1949, consacré à la formation des enseignants, et qui pratique le dialogue entre les communautés d’Israël.

Ainsi, y a-t-il  20% d’Arabes (musulmans ou chrétiens) tant parmi les 700 professeurs que chez les 10.000 étudiants de l’Institut. Une coexistence qui, bien sûr, ne va pas toujours de soi, qui demande de renoncer à des habitudes ou des traditions.

Mais qui fonctionne : non sans mal, chacun a trouvé un équilibre, la relation « dominant-dominé » a disparu depuis des années. Et sans cesse se poursuit l’approfondissement de la connaissance de l’autre.

Comme  ces deux initiatives de la présidente de Beit Berl, Tamar Ariav : emmener des étudiants arabes à Auschwitz et donner des conférences sur la « nakba » palestinienne aux étudiants juifs.

Ainsi se bâtit un édifice dont la stabilité est menacée à chaque attaque d’un camp contre l’autre, mais que nul ne veut voir s’effondrer. Très vite, les liens se retissent. Ainsi Beit Berl défriche-t-il un chemin d’avenir et d’espoir qu’Israël tout entier devrait bien tenter de suivre, un de ces jours.

Et puis, il y a l’autre judaïsme, celui que décrivait, le même jour, le site du quotidien Haaretz***. Cette fois, la scène est à Beit Shemesh, une petite ville où cohabitaient assez tranquillement des immigrants anglophones, russes et éthiopiens.

Mais ils ont été rejoints ces dernières années par des ultra-orthodoxes qui ont dû quitter Jérusalem et ses loyers inabordables, surtout pour des gens qui n’ont guère l’habitude de travailler.

Ces « Haredi » (litt. : «  Craignant-Dieu »)  représentent  à  présent 30% de la population et, selon leur bonne coutume, veulent imposer leur mode de vie aux autres. Y compris par la violence. 

Le dernier clash en date a eu lieu autour de l’ouverture d’une école primaire pour filles près d’un de leurs quartiers. Intolérable pour les plus excités de ces ultra-orthodoxes qui, à la grande colère des parents concernés, ont jeté des pierres dans les vitres et occupé les locaux. 

Certes, c’est une école religieuse (orthodoxe, mais pas ultra), certes les filles n’ont qu’entre 6 et 12 ans. Mais c’est encore trop attentatoire à la pudeur de ces gens-là. Comme l’explique l’un d’eux : «Je ne peux pas marcher dans les rues avec mes enfants parce qu’il y s’y trouve des femmes qui sont peut- être religieuses, mais pas dans des tenues haredi ».

Résultat : le maire -haredi, lui aussi- a décidé que l’école n’ouvrirait pas pour la rentrée, parce qu’il ne pouvait pas garantir la sécurité des élèves… Les parents ont fait appel au ministre de l’Education, Gédéon Saar, et comme celui-ci est membre du Likoud, parti non religieux, ils devraient obtenir gain de cause.

Sang pur recommandé

On pourrait trouver cette histoire folklorique si elle n’était la dernière en date d’une série de violences des « voyous haredi », comme les appellent les habitants de Beit Shemesh. On ne compte plus les graffitis ou les insultes, notamment en cas de non-respect du shabbat.

Ni les pierres jetées aux femmes qui font leur jogging ou qui portent des tenues « impudiques ». Pas question non plus d’arborer un drapeau israélien, le Jour de l’Indépendance, sous peine de le voir déchiré. Les haredi sont aussi antisionistes.

Récemment, l’un d’eux a agressé une femme et un soldat assis côte à côte dans un bus. Si cela se trouve, ils poussaient même l’obscénité jusqu’à parler ensemble… Et ne croyez pas qu’il suffise d’être soi-même ultra-orthodoxe pour être cachère, si l’on ose dire.

Il faut aussi être de sang pur, entendez : ashkénaze. En 2007, un enfant de 4 ans d’une famille haredi  a été refusé dans une école de Beit Shemesh. Son grand-père maternel était sépharade et l’école avait un standing à tenir, a-t-on expliqué aux parents.

Oui, ce sont bien deux visions totalement différentes du judaïsme qui se présentent aux Israéliens. Et que cette espèce de  fascisme religieux rampant puisse être une option montre à soi seul l’ampleur du mal dont souffre ce pays.

La dernière fois que des hommes de ce genre ont tenu le haut du pavé, c’était dans Jérusalem assiégée par les légions romaines, en 70 de notre ère. On connait la suite. Sinon, il est plus que temps de l’apprendre.

*http://www.israelvalley.com/news/2011/08/29/32965/israelvalley-france-is… **http://www.beitberl.ac.il/English/Pages/default1.aspx

***http://www.haaretz.com/news/national/parents-clash-with-ultra-orthodox-who-shut-down-beit-shemesh-girls-school-1.381369

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