Comme un goût de pomme et de miel

La pomme croque sous mes dents et le miel coule doucement dans ma gorge. Je mords encore et je savoure ce goût si particulier du seder de Rosh Hashana. Je suis heureux. Le vin blanc aidant, mon esprit vagabonde.

Le soleil est chaud, bien qu’on soit en hiver. Le parfum des dattes de la palmeraie du kibboutz de Yotvata toute proche se superpose à celui de la Belle de Boskoop qui emplit ma bouche. Le vent du désert me fait du bien. Je suis confortablement assis à l’ombre de la tribune pleine de personnalités. Les représentants des pays arabes voisins sont nombreux, y compris des Syriens et des Libanais.

A quelques rangs devant moi, Guilad Schalit vient de commencer son discours en hébreu. Il est le maire, depuis peu, de la nouvelle ville du Néguev « Emeq Yitzhak Rabin », et il préside à l’inauguration de la centrale hydraulique israélo-jordanienne du canal de l’Arava qui relie le Golfe d’Aqaba à la Mer Morte. Les habitants, venus en masse assister à la cérémonie, proviennent en grande majorité des anciennes colonies de Cisjordanie ou du Golan dont les viticulteurs ont réussi à transplanter les cépages.

Guilad Schalit salue d’abord les ministres du gouvernement de coalition Kadima-Likoud-Avoda dirigé par le Premier ministre Ariel Scheinermann, qui a curieusement voulu recouvrer son joli nom d’origine, quand il est miraculeusement sorti du coma. Il s’adresse ensuite, dans un arabe presque parfait, à la Reine Rania de Jordanie et au Premier ministre palestinien Marwan Barghouti. Les deux ex-prisonniers se connaissent bien. Ils ont été échangés peu de temps avant la reconnaissance de la Palestine par Israël.

La jeune Palestine a tenu à participer à l’investissement pour pouvoir bénéficier de la production d’électricité. Il est vrai que la consommation de mégawatts par la population juive restée en Palestine ne cesse de croître.

Enfin, Guilad Schalit remercie chaleureusement Strauss-Kahn, ministre fédéral européen de l’Economie, pour le financement de 30% du projet. Ce qui est bien plus que le don des Etats-Unis. Il est vrai que leurs ressources financières et leur monnaie sont devenues bien plus faibles que celles de l’Europe des 37 dont Israël et la Palestine font désormais partie.

Les discours se prolongent, et je commence à m’assoupir sous la chaleur. Heureusement, de ravissantes hôtesses chinoises et indiennes nous servent un jus de grenadine frais et vivifiant. Mon voisin me confirme que ces femmes, Olim Hadashim, sont effectivement bien juives et que si l’immigration asiatique continuait au même rythme, la population d’Israël dépasserait bientôt celle de la Confédération belge. Il ajoute, en souriant, qu’à la vue de l’évolution sociale en Israël, il resterait bien dans le pays, lui et quelques autre amis de la délégation, d’anciens gardes de sécurité des communautés juives en Europe. Maintenant que les menaces antisémites ont disparu, il pourrait changer de vie.

En terminant son discours, Guilad Schalit annonce au micro que la famille régnante des Saoud vient de fuir Ryad pour se réfugier au Venezuela en compagnie d’Assad. Le monde arabe s’est enfin débarrassé de ses derniers dictateurs. Une clameur de victoire retentit, on joue l’Hatikva, l’Ode à la joie et tout le public plonge enfin dans le canal de l’Arava. La fête ne fait que commencer.

Le son du Shofar me réveille, et le goût mêlé de chardonnay de Galilée et de grenadine de Yotvata ravive mon appétit.

Si vous aussi, vous voulez rêver l’avenir, trempez un morceau de pomme dans le miel et écoutez le son du Shofar. Tekia ! Il retentit toujours lors des grands événements historiques. A Rosh Hashana, il nous invite à être joyeux, à analyser notre année écoulée, à comprendre ce que les autres attendent de nous. Rosh Hashana célèbre la création d’Adam et nous rappelle que tous les hommes sont ses descendants. Nous sommes donc tous frères. Alors vivons en paix et dans la joie. Que 5772 voit retentir de nombreux et heureux tekia et teroua.

Shana Tova ou Metouka.

P.S. Dans mon précédent éditorial, j’ai hélas oublié de mentionner la réélection de nos deux plus jeunes administrateurs Thomas Strauss et David Auerbacher. Ils sont aussi administrateurs de la Maison de la Jeunesse laïque juive.

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