Situé à Jérusalem-Est, le quartier de Sheikh Jarrah est devenu la cible des colons israéliens qui veulent expulser les Palestiniens qui y vivent. Cette appropriation des terres palestiniennes a ses adversaires : des jeunes militants israéliens des droits de l’homme déterminés à faire triompher la justice et les valeurs démocratiques.
Cela fait une dizaine d’années que des mouvements d’extrême droite s’efforcent de s’approprier les maisons et les terrains des Palestiniens du quartier de Sheikh Jarrah, situé entre la vieille ville et le Mont Scopus. En 2008, un jugement leur a donné gain de cause, en reconnaissant qu’une partie du quartier était la propriété de Juifs sépharades qui s’y étaient installés à l’époque ottomane. Une victoire qui s’est concrétisée en août 2009 par une procédure d’expulsion exécutée par la police de Jérusalem.
Les Palestiniens de Sheikh Jarrah ont pour la plupart dû quitter leur foyer situé en Israël lors de la Guerre d’indépendance en 1948. Ils ont ensuite trouvé refuge à Jérusalem-Est, sous souveraineté jordanienne à partir de 1949. Ces expulsions transforment donc une seconde fois ces Palestiniens en réfugiés.
Lorsque l’affaire des expulsions de Sheikh Jarrah éclate, il y a deux ans, en août 2009, des militants israéliens défendant les droits des résidents palestiniens se mobilisent et décident de créer le Sheikh Jarrah Solidarity Movement. « Peu de gens dans l’opinion publique étaient au courant de ce qui se passait réellement dans ce quartier », se souvient Sara Benninga, membre fondatrice. « Aujourd’hui, les choses ont changé. La presse internationale s’est intéressée au problème et même en Israël, les gens savent ce que ce nom évoque ».
Le mouvement de Sheikh Jarrah a depuis accompli un formidable travail en mobilisant une nouvelle génération de militants. Ils sont jeunes, plein d’idées et d’énergie. Et surtout, ils ont réussi à impliquer des intellectuels influents, que ce soient des professeurs d’université, des artistes ou des écrivains reconnus. Cela ne s’était plus produit depuis longtemps. « L’action que nous menons n’est pas le fait d’une bande de marginaux », insiste Sara Benninga. « Des anciens ambassadeurs d’Israël nous ont apporté leur soutien. Plus de vingt personnalités israéliennes de premier plan, dont des lauréats du Prix Israël, ont même signé en mai dernier une lettre ouverte appelant les dirigeants européens à reconnaître officiellement un Etat Palestinien indépendant. Cet appel a été lancé par notre mouvement ». Cette médiatisation accrue ne la berce pas pour autant d’illusions. Cette militante active est consciente que la bataille n’est pas gagnée, et que le combat mené par son mouvement n’est pas partagé par la majorité des Israéliens.
Une législation discriminatoire
La mobilisation en faveur des Palestiniens de Sheikh Jarrah n’est pas aisée, en raison d’une législation israélienne largement discriminatoire à l’égard des Palestiniens et des Arabes israéliens. La loi de 1950 sur la propriété des absents les empêche de récupérer leurs terres en Israël ou d’obtenir des dédommagements. Par ailleurs, les colons revendiquent devant les tribunaux la propriété des terrains de Sheikh Jarrah, en prétendant qu’ils appartenaient à des Juifs avant 1948. « En essayant de s’approprier des terrains dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, les colons et les milliardaires juifs américains qui les soutiennent sont en train de rouvrir la question des réfugiés arabes de 1948, alors que tout le monde sait qu’il s’agit d’une boîte de pandore », s’inquiète Sara Benninga. « On se demande vraiment si les colons souhaitent la survie d’Israël en tant qu’Etat juif lorsqu’ils agitent ce dossier explosif », s’interroge-t-elle.
L’attitude de la municipalité de Jérusalem n’est pas neutre. Souvent complices de ces appropriations faites par les colons, les autorités municipales s’efforcent de transformer leurs revendications en plans d’aménagement qui répondent en réalité à des préoccupations idéologiques et religieuses.
Pour de nombreux observateurs politiques, l’apparition du Sheikh Jarrah Solidarity Movement a eu le mérite de donner à la gauche israélienne et au camp de la paix un nouveau souffle qui permettra également de rétablir le dialogue entre Juifs et Arabes.
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