Remake du film israélien La Dette (The Debt, 2007) d’Assaf Bernstein, L’Affaire Rachel Singer, de John Madden, revient sur un des échecs du Mossad et ses répercussions trente ans plus tard, sous la forme cette fois d’un thriller d’espionnage à l’américaine. Sortie sur nos écrans le 28 septembre 2011.
En 1965, trois jeunes agents du Mossad, Rachel Singer, David Peretz et Stephan Gold ont pour mission de capturer Dieter Vogel, le tristement célèbre « chirurgien de Birkenau », pour le ramener en Israël où il sera jugé pour ses crimes.
Prisonnier dans un vieil appartement de Berlin-Est, Vogel aurait été tué lors d’une tentative de fuite, mais ses ravisseurs, pourtant confondus à leur retour en Israël, sont accueillis en héros. Trente ans plus tard, Rachel Singer (interprétée par Helen Mirren) est toujours célébrée dans son pays comme un modèle d’abnégation et de courage, et sa fille publie un livre qui relate la mission du trio, de l’identification à l’enlèvement et à la séquestration du médecin nazi à l’ombre du mur de Berlin.
Cependant, bien des choses se sont passées. Rachel et Stephan (Tom Wilkinson) ont été mariés, puis séparés. Sans être jamais parvenu à être en paix avec lui-même, David s’est finalement suicidé. Stephan est devenu un haut responsable des services secrets. C’est lui qui révèle à Rachel l’existence en Ukraine d’un vieil homme qui prétend être le « chirurgien de Birkenau ». Un doute émerge et s’installe sur la véracité de la version officielle de la recherche, de la poursuite et de l’exécution de Vogel. Rachel, à la retraite, mais rattrapée par le passé, part pour l’Ukraine à la rencontre de l’homme qu’elle est censée avoir abattu.
« Ce qui m’a énormément intéressé dans cette affaire », écrit le réalisateur, « c’est la possibilité de fouiller le côté psychologique des personnages ». John Madden, dont le film trois fois oscarisé Shakespeare In Love avait été un grand succès en 1998, nous offre cette fois un thriller d’espionnage à l’américaine, à la tension savamment entretenue par une mise en scène sobre et efficace. Tourné à Londres, Budapest et Tel-Aviv, le film navigue avec souplesse entre thriller d’espionnage, triangle amoureux et duel psychologique. Aux scènes d’action se déroulant dans le Berlin-Est de la guerre froide succède un huis clos angoissant chargé de haine et de tension sexuelle, avec toujours en toile de fond l’horreur de la Shoah, le mensonge et la culpabilité. « L’Affaire Rachel Singer interroge la problématique d’une vie centrée sur un mensonge. Quelles en sont les répercussions trente ans plus tard ? Comment peut-on vivre avec cette culpabilité et cette honte ? », s’interroge Sam Worthington, qui incarne David Peretz.
Originalité
Les moments les plus réussis sont à coup sûr ceux de la période berlinoise, dont des séquences comme la rencontre du « chirurgien de Birkenau » devenu gynécologue et de Rachel Singer qui se fait passer pour une patiente, ou la séquestration du tortionnaire, sont parmi les temps forts.
« Sale temps pour le Mossad » titrait un article du Monde; ce titre dit en cinq mots ce qui fait l’intérêt principal de ce film. Un grand nombre de films d’espionnage, bons et moins bons, défilent sur nos écrans, mais un film dans lequel les agents du Mossad, les services secrets israéliens, parmi les plus réputés du monde, échouent dans leur mission, voilà qui est moins courant.
On sait que Hollywood ne s’est jamais privé de faire d’une « bonne histoire » une super production. L’Affaire Rachel Singer en propose tous les éléments, un sujet fort qui entretient, grâce à de nombreux rebondissements, un suspense permanent, un récit ballotté entre deux époques marquantes de l’Histoire. Dommage que la mise en scène de Madden devienne à la longue assez lourde, et que le final soit aussi surchargé, perdant en crédibilité.
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