Vous devriez lire ça

Chic, un nouvel épisode de la saga des Kovalsky : Le Frère du pendu*. Mais si, souvenez-vous, c’est en 2005 que Marianne Sluszny en avait publié le premier opus**. Et, déjà à l’époque, l’histoire  improbable de ces Juifs transbahutés de Siedlice (Pologne) à Anvers avait touché et ému.  

C’est Meir, le grand-père paternel de Cécile Kovalsky, qui raconte sa propre histoire dont il a enfin une vue d’ensemble puisqu’il vient de mourir. Etonnant ? Pas plus que l’ensemble de la vie de ces Juifs de l’Est venus se planter chez nous, sans toujours bien s’y enraciner.

Epoque étrange, en vérité que ce 20e siècle où rien, jamais, ne fut facile, mais où tout semblait possible. (Oserait-on écrire que de nos jours, c’est plutôt l’inverse ?). Surtout lorsqu’on était, comme Meir, un de ces Juifs militants passionnés et infatigables du Grand Soleil rouge de la fraternité humaine.

Las, lorsque celui-ci se leva enfin, les malheureux durent bien réaliser que ce n’était qu’un autre incendie avide de les dévorer. Mais si vain qu’ait été leur combat, du moins méritait-il d’être mené. Et donc, de Siedlice à Anvers, on suit les tribulations de notre étrange héros.

Comment il fit souche en épousant une Flamande catholique. (Sur son lit de mort, les derniers mots de cette femme qui lui avait donné deux enfants furent : « Je ne veux pas être enterrée avec les Juifs »…).

 

Et Meir Kovalsky survécut au nazisme. Et au communisme. Et eut deux fils dont les exceptionnelles réussites mirent du baume à son cœur. Et comme le cadet, pianiste de génie, se maria avec Myriam et eut une fille, Cécile qui raconte aujourd’hui son histoire…

Le récit bondit du passé au présent, de ce que c’est d’avoir été (ou pas) un Juif alors et d’être un Juif (ou non) aujourd’hui. Et le lecteur suit, souriant en essuyant une larme, inquiet lorsque tout va bien…

« Le frère du pendu » n’est pas le genre de livre qui se résume, mais qui se vit. Et si on se permet d’en recommander la lecture, ce n’est pas seulement parce que Marianne S. est une amie chère, c’est surtout parce qu’il est bon.

Mais que, par ailleurs, elle est, comme dans la chanson d’Enzo Enzo « juste quelqu’un de bien » : depuis plus de vingt ans, elle défend avec talent une certaine idée de la culture à la  RTBF (Radio Télévision de la Communauté française de Belgique).

Qui plus est, Marianne Sluszny est vive, intelligente, drôle. Et en plus, elle écrit bien. Que demande le peuple – d’autant que le livre se trouve dans toutes les bonnes librairies ?

* Marianne Sluszny, « Le Frère du pendu », Ed. de La Différence (2011).

**Marianne Sluszny, « Toi, Cécile Kovalsky », Ed. de La Différence (2005). Le livre a obtenu plusieurs prix.

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