Qui a organisé les gigantesques manifestations qui ont ravagé Alger ce 17 septembre ? Les sionistes, tiens, qui d’autre ? Comment dites-vous ? Il n’y a eu aucune manifestation ? Peu importe, c’est quand même un coup des sionistes.
Depuis le mois d’aout, circulait sur Facebook un appel incitant les Algériens à manifester ce 17 septembre dans leur capitale. Légitimement inquiet, le pouvoir a enquêté. Et la conclusion de ses RG (Renseignements Généraux) a été sans appel.
Le complot vient de l’extérieur du pays. C’est ce qu’a expliqué aux médias le ministre algérien de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia. Un nom à retenir : un homme à ce point brillant est d’évidence appelé aux plus hautes fonctions.
Car le raisonnement du ministre a été d’une lumineuse logique: « Si c’étaient des gens de l’intérieur, nous les aurions démasqués et arrêtés ». Puisque tel n’a pas été le cas, c’est donc que les coupables viennent de l’extérieur.
Et le Ministre, décidément bien informé, de désigner clairement les coupables : « des parties étrangères en relation avec l’entité sioniste ». Des preuves ? La parole de Son Excellence ne vous suffit pas ?
Soit. Eh bien, regardez donc le jour choisi : le 17 septembre. La date anniversaire des accords de Camp David en 1978. Mais aussi celle des massacres dans les camps de Sabra et Chatila en 1982. Les sionistes ont signé leur crime…
Dans la foulée, le Ministre a aussi révélé quelle griffe de la patte sioniste voulait frapper son pays : le tout-puissant Bernard-Henri Lévy. C’est que, après avoir détruit le pacifique régime du colonel Kadhafi, ce sioniste enragé n’est pas parvenu à anéantir la démocratie syrienne.
Furieux, BHL s’en est donc pris à cet autre Etat libre qu’il hait particulièrement puisqu’il y est né : l’Algérie ! Il n’a jamais rien dit ou écrit dessus ? Voilà bien la preuve de son infernale habilité à dissimuler ses odieuses machinations.
Tout est bien qui finit bien
Hé oui, le complot sioniste (et/ou juif) comme explication du monde est toujours aussi à la mode dans les dictatures arabes. Dans ce cas, c’est bien sûr plus confortable que d’admettre que, comme ses voisins, l’Algérie est lasse de ses dirigeants corrompus et inefficaces.
Que c’est de leur propre volonté que les Algériens n’ont cessé de manifester depuis janvier. Et que seule une répression brutale empêche ce régime de rejoindre Ben Ali et Moubarak dans les poubelles de l’Histoire.
En attendant, ce 17 septembre, le pouvoir a mis le paquet : les barrages qui ceinturent Alger ont été renforcés et 5.000 policiers anti-émeutes déployés dans la capitale. Il n’y a pas eu l’ombre d’une manifestation.
Tout est donc bien qui finit bien : le complot du sioniste aux mains crochues, Bernard-Henri Lévy a échoué. Le régime algérien est grand et Dahou Ould Kablia est son prophète.
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