Le mystère Shelly Yachimovitch

Voici quelques jours le Parti travailliste israélien s’est donné une nouvelle  Présidente : la députée Shelly Yachimovitch. Selon les sondages, cela pourrait modifier les rapports de force politiques en Israël. Quoique.

La victoire est nette :  ce 21 septembre, les membres du parti travailliste ont voté à 54%  pour Shelly Yachimovitch  contre 46 à Amir Peretz, sonchallenger. Une réussite fulgurante pour cette mère célibataire de deux enfants qui n’est entrée en politique qu’il y a 5 ans.

Mais,  « Shelly » était déjà célèbre  en Israël.  Cette fille de Juifs polonais ayant survécu à la Shoa a fait toute sa carrière dans les médias : presse écrite, radio, télévision… Elle s’y fit connaître par des émissions de haute tenue… et des « clashs » répétés avec les puissants.

Spécialisée dans les problèmes sociaux, elle décida d’entrer en politique en 2006, à l’instigation… d’Amir Peretz et fut élue à la 17ème Knesset. Elle y déploya une intense et tout aussi remarquée activité, présidant et participant à plusieurs commissions.

Elle déposa aussi d’innombrables projets de lois dont pas moins de 14 furent adoptés. (Parmi eux,  l’allongement du congé maternité de 12 à 14 semaines) Elle se fit la championne de la lutte contre les injustices sociales et soutint dès le début  le mouvement des « Indignés »

A présent, Shelly se retrouve à la tête d’un parti au passé glorieux mais qui semble au bord du collapsus. Les Travaillistes ne disposent plus que de 8 députés sur les 120 de la Knesset, loin, très loin, des 56 qu’ils comptaient à leur apogée en 1969.

Tel le phénix, le parti de Ben Gourion peut-il renaitre de ses cendres ? Avec Shelly à leur tête, le dernier sondage  en date (Jérusalem Post, 26/9) le crédite de 26 sièges. Ce qui -regrettablement- ne signifie pas que l’alternance soit proche.

Les Travaillistes récupèreraient en effet ces voix sur le parti d’opposition centriste Kadima (qui tomberait de 28 à 18 sièges) tandis que la coalition actuelle Likoud-ultra-orthodoxes- extrême droite resterait majoritaire avec  64 ou 65 sièges….

De toutes façons, en Israël comme ailleurs, les sondages n’ont qu’une valeur limitée et peuvent fluctuer du tout au tout en quelques semaines. Reste que Shelly ne va pas manquer de travail pour remettre sur pied le parti fondateur d’Israël.

Il lui faudra déjà faire cesser les bisbilles internes pour  parler d’une seule voix. Et avoir un discours audible par le plus grand nombre. Certes, pour l’heure, Shelly est en phase avec cette majorité de la population qui est écœurée par l’ultra-libéralisme du gouvernement.

Visionnaire ou consensuelle ?

Elle a aussi l’oreille de la Histadrout, le puissant syndicat qui a d’ailleurs appuyé sa candidature. Mais cela ne fait pas un  programme politique. Shelly Yachimovitch est attendue sur les questions qui fâchent. Qui tuent, même.

Jusqu’à présent, elle a conservé un certain mystère, voire le secret  sur nombre de sujets majeurs. Quelle stratégie propose-t-elle vis-à-vis des Palestiniens ? Quelle est son attitude face à la colonisation de la Cisjordanie ?

Cet été, elle  a levé un coin du voile lors d’une interview au quotidien Haaretz  : « Je ne considère certainement pas les projets d’implantation comme un péché ou  un crime » a-t-elle affirmé.. Avant, face à  la bronca de la gauche de son parti, de revenir sur ses propos…

A présent qu’elle est en place, elle pourra –et devra- être plus claire sur ce sujet. On saura alors dans quelle lignée  Shelly Yachimovitch  entend se placer. Celle, visionnaire et courageuse, d’Itshak Rabin ou celle, plus…. consensuelle disons, d’un Ehud Barak .

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