« Sculpture Undone » d’Alina Szapocznikow

Organisée par le Centre d’art contemporain Wiels et le Musée d’art moderne de Varsovie, l’exposition Alina Szapocznikow : Sculpture Undone présente l’œuvre d’une femme sculpteur juive polonaise. Une artiste inclassable entre le surréalisme, le nouveau réalisme et le pop art, qui a reconceptualisé la sculpture comme empreinte de la mémoire et de son propre corps.

Alina Szapocznilow est née le 16 mai 1926 à Kalisz. En 1944, elle est déportée du ghetto de Lodz à Bergen-Belsen, via Auschwitz. Après sa libération, Alina se fixe à Prague où elle apprend la taille de la pierre et suit les cours de l’Ecole supérieure des Arts appliqués. Arrivée à Paris en novembre 1947, elle poursuit sa formation de sculpteur à l’Ecole supérieure des Beaux-Arts. L’été 1950, Alina et son compagnon décident de rentrer en Pologne où ils se marient. Créant des sculptures figuratives de facture réaliste socialiste, Alina réalise un monument à la gloire de l’Amitié soviético-polonaise destiné au grand hall du nouveau Palais de la Culture et de la Science, gratte-ciel stalinien au centre de Varsovie. Les débuts de la déstalinisation en Pologne coïncident avec la période expérimentale de l’art d’Alina Szapocznilow. Aux sculptures classiques en pierre et en bronze succèdent rapidement des œuvres aux formes allongées, en suspension, déséquilibrées.

En 1957, Alina rencontre le graphiste Roman Cieslewicz et se sépare de Stanislawski. Elle participe notamment au concours international pour un monument à Auschwitz-Birkenau, puis à la Biennale de Venise (1962). Elle réalise alors de premiers moulages en direct de son propre corps. Fin 1963, elle s’installe à Paris avec Cieslewicz.

Goldfinger

Elle centre peu à peu son œuvre sur son propre corps. Alina reçoit le prix de la Fondation Copley. Malgré ce succès, l’artiste polonaise peine à survivre dans la « jungle marchande » parisienne. Les sculptures et dessins d’Alina Szapocznikow au milieu des années 1960, montrent sa fascination pour le « ready-made » et la culture populaire, ainsi son Goldfinger, singulière sculpture abstraite, inspirée du film de James Bond, faite de ciment patiné et de pièces d’automobile. Alina commence à se servir de matériaux industriels nouveaux, tel le polyester, pour confectionner des moulages colorés de certaines parties du corps dont elle fait ensuite des sculptures ou des objets utilitaires, lampes ou cendriers, parfois éclairés d’ampoules électriques.

Fin des années 60, Szapocznikow multiplie les œuvres associées au thème de la mémoire. De passage à Varsovie lors de la vague antisémite qui agite la Pologne en mars 1968, elle en gardera un souvenir terrible et visitera une dernière fois son pays natal en 1969. Alina Szapocznikow repense entièrement le vocabulaire de la sculpture alors qu’elle souffre des premières atteintes du cancer qui finira par la terrasser le 2 mars 1973.

Proposée par le Wiels dans le cadre de la présidence polonaise de l’Union européenne, l’exposition Alina Szapocznikowse termine avec un étonnant herbier élaboré à partir d’une série de moulages en polyester de parties du corps aplatis et collés sur bois polychrome, ainsi qu’avec le corps moulé en résine de polyester de son fils Piotr. Des expositions rétrospectives en Pologne ont contribué au cours des années 90 à inscrire l’artiste au panthéon des grands créateurs de l’art du 20esiècle. Après Bruxelles, cette première grande exposition internationale sur cette étonnante femme sculpteur juive sera montrée à Los Angeles et à New York au MoMA.

Exposition Alina Szapocznikow. Sculpture Undone 1955-1972, jusqu’au 8 janvier 2012. Wiels, avenue Van Volxem 354, 1190 Bruxelles (ma.-di. 11h-18h) – www.wiels.org

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