La bande-annonce est réductrice, le titre n’est pas concluant, l’affiche est kitsch. Passésces a priori, il serait vraiment dommage de se priver de cette savoureuse comédie, en famille ou avec son meilleur ennemi, israélien ou palestinien.
Il faut appeler un cochon un cochon, ce film est un petit bijou de détente intelligente et de subtilité. L’histoire ? Après une tempête, Jafaar, un pêcheur palestinien de Gaza, remonte dans ses filets un cochon tombé d’un cargo. Décidé à se débarrasser de cet animal impur, il tente de le vendre avant de se lancer dans un commerce rocambolesque et bien peu recommandable… Jafaar pourrait être un antihéros de Bashevis Singer, doublé d’un Charlot, triplé de l’Idiot du village, toujours un peu plus malin que les autres. Sous les traits de l’excellent acteur israélien Sasson Gabay (La visite de la fanfare), il nous mène à la découverte de son habitation, de sa femme, de sa situation précaire, de sa quasi-cohabitation avec les militaires israéliens, des figures de son village, des situations au pied du « mur », bref, du quotidien d’un Palestinien privé de toutes facilités.
Les gags soulignent ces conditions déplorables avec une telle légèreté qu’on se doit de rire, surpris, presque sans culpabilité. Israéliens et Palestiniens en prennent pour leur grade : le ton est donné et les ondes sont bonnes. Le réalisateur et Jafaar, notre pêcheur dans tous les sens du terme, jonglent avec les symboliques, les religions, les limites, la politique, l’hypocrisie et le terrorisme « délicieusement » démontés ici. La toile des rapports humains se tisse sur des échanges touchants et pittoresques. Le réalisateur réussit à nous projeter dans le tableau loufoque d’une réalité qui ne l’est pas. Rien n’est crédible et tout est vrai. La fin, un tantinet clichée, évolue vers des images et des paraboles parlantes, oscillant de l’hostilité aux dialogues possibles entre ces deux parties, jeunes, vigoureuses et déjà estropiées. On s’est attaché aux personnages, et la musique du film qui fait pétiller ce récit vivant invite soudain à une émotion intérieure, laquelle conduit au générique qu’on retiendrait bien jusqu’à la dernière ligne blanche sur fond noir.
Un pari réussi
A la question sur son lien avec l’histoire du Moyen-Orient, le jeune réalisateur français, Sylvain Estibal, journaliste et écrivain, si juste dans bien des choses, expose son point de vue : « Je ne pense pas qu’il faille appartenir à une communauté pour pouvoir parler d’elle. Le meilleur exemple est justement donné par Chaplin qui n’était ni allemand, ni juif, et qui pourtant a réalisé un chef-d’œuvre : Le dictateur.Je ne me compare pas à Chaplin, mais le montage financier du film a été difficile en raison de cette question de non-légitimité; il aurait sans doute été plus facile à monter si j’avais été israélien ou palestinien, c’est absurde ».Son souhait était d’exprimer un « cri de rage comique », le message détonne et passe. On le suit comme s’il était un natif de la région.
Le Cochon de Gazacorrespond pour lui à l’envie de changer les choses, une envie, précise-t-il, « de redonner de l’oxygène, de faire rire les Israéliens et les Palestiniens, en montrant l’absurdité de la situation, sous un angle humain et burlesque, sans agressivité, mais sans ménager qui que ce soit. Ici, ce qui unit les deux camps, c’est le rejet commun du cochon, lequel devient le passeur, le lien entre les deux communautés, et de ce plus petit dénominateur commun va naître un début d’entente. Ce cochon vietnamien, c’est en quelque sorte, ma colombe de la paix ! ».
Au fil(m) du temps
L’Institut de la mémoire audiovisuelle juive (IMAJ) présente son 14e festival Au fil(m) du temps. Riche et diversifié, il donnera l’occasion de découvrir trois avant-premières, dont deux mondiales : Le Cochon de Gaza, Jacques Faitlewicz et les tribus perdues, Melting Away. Les réalisateurs Céline Masson (Et leur nom, ils l’ont changé), Mathieu Zeintdjoglou (Le fils du marchand d’olives) et Maurice et Sarah Dorès sont les invités de ce rendez-vous attendu du cinéma.
Un événement et des séances à ne pas manquer du 23 au 30 octobre 2011 à l’Espace Senghor,chaussée de Wavre, 366 à 1040 Bruxelles (rue piétonne). infos et réservations : www.imaj.be +32 (0)2 344.86.69
Avant-première du Cochon de Gaza : samedi 29 octobre 2011 à 20h à l’Espace Senghor.
]]>