Ce sont près de 350 enfants cachés, subitement rajeunis, heureux et enthousiastes, qui auront fêté ensemble le 20e anniversaire de leur association. L’occasion aussi de célébrer le 90e anniversaire de leur héroïne, Andrée Geulen, dernière survivante du Comité de Défense des Juifs.
Salle comble, le 4 septembre 2011, à Woluwe-Saint-Pierre, où se déroulait cet événement peu commun : le 20e anniversaire d’une association dont la majorité des membres en ont souvent quatre fois plus. Avec cette nostalgie des mélodies d’autrefois, grâce à la voix chaleureuse de Myriam Fuks, le violon tzigane de Roby Lakatos et l’accordéon klezmer d’André Reinitz. Et une merveilleuse séquence filmée qui rendait un hommage à Andrée Geulen, « Juste parmi les Nations », bouleversant l’assistance.
Parmi les personnalités présentes, le président de la Chambre, André Flahaut, et les représentants des associations communautaires, lesquels témoigneront de leur profonde considération à l’égard de l’Association des Enfants Cachés (E.C.), présidée par Jerry Rubin.
En mai 1991, à New York s’était tenue la 1e rencontre internationale des E.C. avec plus de 1.600 participants ! C’est peu après, en novembre 1991, que naît l’Association belge des E.C., sous la présidence de Sophie Rechtman. Elle comptera jusqu’à 1.350 membres effectifs.
Depuis lors, pour réaliser leurs buts, les Enfants cachés n’ont cessé de mettre en chantier toute une série d’activités : perpétuerla mémoire de leur vécu, témoigner dans les écoles, lutter contre le racisme et l’antisémitisme, témoigner leur reconnaissance aux Sauveurs, organiser des rencontres, colloques, ateliers de réflexion, contribuer activement à l’obtention du statut de victimes de guerre et des droits y afférent. Sans oublier le trimestriel « E.C. Infos », trait d’union entre les membres qui, depuis 1998, relate les manifestations de la Mémoire, les rencontres avec les jeunes, s’élève contre les discriminations et publie également une rubrique « Avis de Recherches ». En effet, les enfants cachés recherchent encore et toujours d’autres enfants cachés, ainsi que leurs sauveurs ou descendants.
La soirée du 4 septembre fut aussi l’occasion de retrouvailles surprises… Entre deux bouchées de foie haché, des voisins de table se sont interpellés : – « Tu es bien Maurice ? Tu ne me reconnaispas ? Esther… ». Autre table, même exclamation après un délicieux kroupnik. – « Excusez-moi, vous êtes bien Rachel ? – Et vous Olga ? ». Rajeunissement général par l’évocation de souvenirs communs et échanges de coordonnées.
Si vous, ancien enfant caché, désirez faire partie de cette famille, n’hésitez pas, vous y serez en pays de connaissance.
Sophie Rechtman : « Nous ne parlions pas de nos larmes cachées »
Que ressentez-vous à l’occasion de cet anniversaire ? La joie de nous voir tous réunis. Et si nous sommes si nombreux, c’est parce que nous avons quelque chose en commun. C’est cela qui nous unit, malgré nos différences. Nous avons traversé les mêmes épreuves. Nous avions eu de la chance, donc on se taisait et nous ne rendions pas hommage officiellement à nos sauveurs. Nous ne parlions pas de nos larmes cachées.
Les choses ont changé en 1991, de retour de New York… C’est grâce à quelques personnes qui y ont cru, après cinquante ans de silence, que nous formons aujourd’hui une famille solide. Grâce à notre action, appuyée par les amis de la communauté, nous avons obtenu la reconnaissance et le statut des victimes de guerre. Sans notre association, nous serions restés dans le silence qui nous plombait depuis la fin de celle-ci.
Comment réalisez-vous vos objectifs ? Nous sommes opposés à toute forme de racisme et d’antisémitisme et actifs au sein du groupe « Mémoire » qui unit les déportés, les résistants et nous, qui sommes souvent les enfants des uns et des autres. Les écoles nous reçoivent à bras ouverts, les enfants nous écoutent avec attention, et leurs réactions nous émeuvent profondément. D’autre part, en ce qui concerne l’état du Mémorial à Anderlecht où sont gravés les noms de nos 2.500 disparus, un de nos administrateurs, Freddy Benjamin, et une équipe de jeunes de l’école Maïmonide ont retroussé leurs manches pour procéder à un premier nettoyage sur place. A noter aussi qu’en concertation avec le Club Amitié du Service social juif, de nouvelles activités culturelles figurent à notre programme. Et nous avons encore plein d’autres projets en tête… comme si nous avions toujours 20 ans !
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