« Miral » n’est pas anti-israélien

Pour certaines franges de la communauté juive, la présentation du film Miral par la Fondation Boghossian au Parlement européen le 21 septembre 2011 s’inscrit dans une vaste campagne contre Israël. Cette accusation illustre les dérives des soutiens inconditionnels à Israël dans leur lutte contre la « désinformation ».

Le film Miral du réalisateur américain Julian Schnabel est une adaptation du roman éponyme et largement autobiographique de Rula Jebreal. Suite au suicide de sa mère alcoolique, Miral, une petite palestinienne de 7 ans, est placée à Jérusalem-Est au Dar Al Tifel Institute, une école pour orphelins palestiniens créée en 1948 par Hind Husseini, une Palestinienne issue d’une famille de notables musulmans de Jérusalem.

Ce film présenté à La Mostra de Venise en septembre 2010 n’est certes pas un chef-d’œuvre du 7e art. Dans un film dont l’action se situe en Israël, il est notamment curieux de voir les protagonistes, israéliens comme palestiniens, parler anglais, même s’ils ponctuent à certains moments leur dialogue de quelques mots d’hébreu ou d’arabe. Ce film ne se livre pas non plus à une reconstitution historique complexe du conflit israélo-palestinien. Il n’en a pas la prétention; il s’agit simplement du regard que porte une Palestinienne à la fois sur son enfance et sur l’histoire de son peuple.

Remplacer Boghossian par Blumenfeld

Ce qui a dérouté les plus inconditionnels du gouvernement israélien n’a rien de cinématographique. Le site internet Philosémitisme (http://philosemitismeblog.blogspot.com) y voit un film de propagande résolument hostile à Israël : « Quelle que soit l’opinion qu’on ait du film de Schnabel, un propagandiste anti-israélien dont le film a eu les honneurs de l’ONU, on ne peut pas ne pas être interpellé par cette obsession envers les Juifs et Israël qu’on constate en Europe ». Et dans ce contexte, la Fondation Boghossian fait donc partie de la meute des ennemis d’Israël dès lors qu’elle présente le film de Julian Schnabel : « L’activisme anti-israélien en Belgique francophone n’a pas de limites. La riche Fondation Boghossian (« centre d’art et de dialogue entre les cultures d’Orient et d’Occident »), créée par deux joailliers libanais d’origine arménienne, n’échappe pas à la norme en s’emparant du sujet pour le porter tous frais payés au -prestige oblige- Parlement européen ». Il est étonnant de voir un site consacré à la lutte contre l’antisémitisme et la désinformation recourir à une rhétorique aussi douteuse. Il suffit de remplacer « Boghossian » par « Blumenfeld » et « joailliers libanais d’origine arménienne » par « joailliers anversois d’origine juive » pour comprendre qu’il y a manifestement un problème.

Miral n’est pas un film anti-israélien. S’il pèche parfois par simplisme, il n’incite pas à la haine d’Israël. En faisant découvrir au grand public une personnalité comme Hind Husseini, Julian Schnabel s’intéresse à des aspects peu connus de l’histoire palestinienne : des Palestiniens choisissant de ne pas sombrer dans la violence et le terrorisme. Hind Husseini se bat pour que son institution ne soit pas impliquée dans des activités anti-israéliennes. Elle s’efforce de transmettre à ses pensionnaires la valeur suprême de l’éducation.

Le film fait même preuve d’audace lorsqu’il dénonce des pratiques que la société palestinienne souhaiterait sûrement dissimuler : les violences faites aux femmes, ainsi que le sort que certains mouvements radicaux réservaient aux « traitres » ouverts à la négociation avec les Israéliens.

Non seulement la Fondation Boghossian avait le droit de présenter Miral au Parlement européen, mais ce film s’inscrit pleinement dans l’objectif qu’elle s’est fixé : favoriser le dialogue entre les cultures d’Orient et d’Occident. A cet égard, le réalisateur et la scénariste en sont une illustration vivante : Julian Schnabel est un Juif de Brooklyn dont la mère militait activement pour l’Hôpital Hadassah de Jérusalem, et Rula Jebreal est une Palestinienne dont le père était l’imam de la mosquée d’Al-Aqsa (Jérusalem). Au-delà du message d’espoir que le film s’efforce de porter, Miral montre aussi -et ce film n’est ni le seul ni le premier à le faire- que « Juif » et « arabe » ne sont pas des termes nécessairement antagonistes.

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