L’antisémitisme selon Isaac Franco

Toute la Belgique est antisémite. Toute ? Non, un village résiste encore, dans lequel quelques héroïques Juifs lancent des menhirs sur quiconque passe à leur portée… Y a-t-il un médecin dans la communauté ? Heureusement, oui.

L’autre jour dans Contact J *, M. Isaac Franco était très en colère contre le CCOJB** : ses phrases étaient encore plus longues -jusqu’à six lignes- que de coutume. D’autres, si alambiquées qu’il fallait les lire deux fois pour les comprendre une seule. Comme celle-ci :

« Il est donc revenu le temps où il est prescrit de privilégier l’espoir muet que passe vite l’orage au rappel décomplexé que si les Juifs s’obligent dans ce pays aux mêmes devoirs de tous, ils y jouissent des mêmes droits ». Si, si. Relisez, cela a un sens.

Et qu’est ce qui le fâche donc à ce point, M. Franco ? Simple : tout ce que le CCOJB fait et, plus grave encore, tout ce qu’il ne fait pas. Sans oublier le pire : le CCOJB a, depuis un an et demi, un nouveau président, Maurice Sosnowski.

Et M. Franco regrette amèrement le précédent, qui était, à vrai dire, un type épatant : à chacune de ses phrases, il brouillait la communauté juive avec quelqu’un. Quand on s’est décidé à le larguer, il en avait fini avec les médias et la classe politique belge.

Après, il a pris en charge la communication du Parti Populaire de M. Modrikamen. Encore un vrai succès, comme on sait. Mais c’est une autre histoire. Lui a donc succédé Maurice Sosnowski, qui, depuis 18 mois n’a, de l’avis général de M. Franco, rien fait qui vaille.

Déjà, la personnalité de ce Sosnowski… Un médecin… Le genre à vouloir établir un diagnostic avant de proposer un remède. A dialoguer pour tenter de résoudre les problèmes. Et anesthésiste en plus : cherche à endormir les Juifs, hum ?

Alors que ce dont notre communauté a d’évidence besoin, c’est d’un homme, un vrai. Un chef qui rende coup pour coup. Les antisémites nous cherchent, ils nous trouvent. Et on leur tape dessus jusqu’à ce qu’ils nous aiment.

Or, la Belgique de M. Franco, toutes régions et langues confondues, ne se compose que d’antisémites. Que le CCOJB laisse impunément sévir. D’où ce réquisitoire d’autant plus impitoyable que M. Franco a carrément plagié Zola.

Il a cru tromper le lecteur en remplaçant  le célèbre « J’accuse » par « Elle y manque ». Mais, on ne nous la fait pas, à nous. A ce sujet, que n’a donc pas fait le CCOJB en s’abstenant de faire ce qu’il aurait fallu qu’il fasse ? (Contagieux, ce style).

Hitler, Leterme, Flahaut même combat

Par exemple, explique M. Franco, le CCOJB n’a pas attaqué en justice ce torchon raciste qu’est « L’Echo » qui a osé titrer, noir sur blanc : « L’invention d’Israël ». Tel que. Même Hitler n’avait pas osé.

Le CCOJB n’a pas non plus traîné « La Libre Belgique » devant la Cour de Justice européenne. Et pourtant, ce journal nazi a osé interviewer un Israélien. Et l’Israélien a dit : « Il faut désinfecter Gaza ». Et La Libre a publié ces propos répugnants et racistes !

Et M. Franco en remet une louche, encore et encore : du rien, du grotesque, du réel, de l’improbable… A l’arrivée, une soupe fade où se noient quelques morceaux de vérités, dont la principale est celui-ci : en ce moment, la communauté juive de Belgique  est malheureuse.

Elle souffre de voir Israël, cet Etat qu’elle aime, être rejetée par une partie croissante de notre pays à cause de l’impéritie de M. Netanyahou. Elle n’aime pas davantage être entraînée dans ce rejet.

Car, de fait, il y a depuis quelques années, une montée de l’antisémitisme en Belgique. Mais, contrairement aux vaticinations de M. Franco, il n’est pas généralisé. Ni répandu dans la classe politique ni toléré par les autorités.

On aurait pourtant cru que, depuis la 2e Guerre mondiale, les Juifs connaissaient le sens précis du mot « antisémite ». Pas tous, d’évidence. Comme M. Franco, ils sont quelques-uns à le galvauder comme à plaisir.

Ils s’élèvent avec la même virulence contre les vraies -et heureusement rares- attaques antisémites et les maladresses verbales, les manques de nuances, les propos antisionistes, les dits ou les non-dits qui, tous, trahiraient chez leurs auteurs la haine du Juif.

Le discours de M. Franco, c’est : « opuscule raciste à Knokke, dérapage à la RTBF, Mein Kampf, même contenu ». Ou « Hitler, Leterme, Flahaut, même combat ». Et à quoi cela aboutit-il ?

Uniquement à ôter à ce terrible mot d’« antisémite » tout sens, tout  impact. Et cela fait, quelle solution propose M. Franco pour contrer ce très virtuel raz-de-marée brun ? Le hurlement, la bagarre, la guerre. Les Juifs contre le reste du pays. Chargeons, sabre au clair, Dieu et mon Droit !

Tout cela n’est pas sans rappeler l’excellent don Quichotte confondant moulins et chevaliers ennemis. Sans oublier que la dernière fois que les Juifs ont essayé sérieusement de se battre contre le reste du monde, cela s’est conclu à Massada, à tirer au sort qui serait le dernier à se suicider…

Aux distrayants excès scripturaux de M. Franco, on se permettra donc de préférer les méthodes nuancées et tranquilles du CCOJB. C’est certainement moins spectaculaire que de hurler au loup à tout bout de champ. Mais c’est incommensurablement plus efficace.

* Dans le numéro d’octobre 2011 de cet organe du Cercle Ben Gourion-Radio Judaïca.

¨¨CCOJB : Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique. Fondé en 1971, par David Susskind, président d’honneur du CCLJ, afin de permettre à la communauté de s’exprimer d’une seule voix sur les questions non cultuelles (dévolues, elles, au Consistoire)

Suite à cet article, Isaac Franco nous a fait parvenir un droit de réponse publié sur ce même site http://www.cclj.be/article/35/2360 

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