Indigne droite israélienne !

Une passionnante réflexion* d’un des meilleurs historiens des fascismes sur les fondements idéologiques de la droite actuellement au pouvoir en Israël et dont nous regrettons, au vu de sa longueur, de ne pouvoir publier que des extraits.

Par Zeev Sternhell

(…) La poursuite de la colonisation et la législation antidémocratique de ces derniers mois constituent deux aspects complémentaires d’une même politique à long terme.

Les chefs de la droite dure, viscéralement xénophobe et dont certaines composantes se tiennent à la limite du racisme. (…) entendent détruire le statut fondateur de la guerre d’indépendance de 1948-1949 et de la création de l’Etat d’Israël.

Le camp Netanyahou et Liebermann, ce petit Poutine israélien, non moins dangereux que l’original, cherche à réduire cette guerre d’indépendance à un maillon de plus dans la longue chaîne des combats qui émaillent l’histoire du sionisme.

Car les deux produits majeurs de cette guerre sont d’abord l’acquisition des frontières à l’intérieur desquelles les juifs ont pu atteindre tous les objectifs du sionisme, ensuite la création du concept de citoyen.

Pour la première fois, à la qualité de juif, défini par son histoire, sa culture et sa religion, s’est superposé un concept politique et juridique, porteur de valeurs universelles. Ce sont ces acquis de la fondation de l’Etat que la droite s’efforce aujourd’hui de remettre en cause.

En effet, la droite comprend fort bien que, si l’on conçoit la création de l’Etat et l’accession à la souveraineté comme une véritable césure dans l’histoire, le long processus de conquête de la terre est parvenu à son terme.

Cette vision constitue pour la droite nationaliste un danger existentiel mais  ce n’est pas, pour elle, le seul danger. Car, cette normalisation de la condition juive, le grand objectif du sionisme des fondateurs, porte en elle une autre menace: celle de la conception libérale de l’Etat, -libérale au sens noble du terme, celui des droits de l’homme et de la primauté de l’individu.

Imposer sa loi sur toute la terre d’Israël.

Or, pour la droite dure, la fonction de l’Etat n’est pas de garantir les libertés individuelles, l’égalité de tous ses citoyens, juifs et arabes, ni même d’assurer à sa population une vie décente : l’Etat existe pour affirmer et garantir les droits historiques des Juifs sur la terre d’Israël.

Assurément, pour ne pas se retrouver complètement seuls face au monde entier, le Premier ministre Netanyahou et les siens acceptent le principe de deux Etats, mais, en même temps, ils font tout pour que l’Etat palestinien ne puisse voir le jour ou, dans le meilleur des cas, pour en faire un vassal d’Israël. (…)

C’est ainsi que les raisons véritables du refus de la finalité de 1949 de la part de la droite israélienne ne résident pas dans une quelconque conjoncture politique ou dans des considérations de sécurité, mais dans sa conception même du sionisme.

Pour elle, le sionisme n’est pas un mouvement de sauvetage d’un peuple en danger, il ne signifie pas la conquête de l’indépendance et de la souveraineté, C’est un mouvement en devenir constant et le critère de son succès ou de son échec est sa capacité d’imposer sa loi sur toute la terre d’Israël.

Il s’ensuit que les lignes d’armistice de 1949, auxquelles on se réfère le plus souvent  comme les « frontières de 1967 », ne sont en aucune façon des frontières, mais, comme leur nom l’indique, des lignes de cessez-le-feu.

Ces lignes, ainsi va l’argument, furent emportées par la guerre des Six-Jours. Ce qui fait que la colonisation des territoires conquis en juin 1967 n’est pas moins légitime que celle du Néguev, de la Galilée, des vallées agricoles du Nord, ces berceaux de la renaissance nationale juive.

Ici se trouve la réponse à la question de savoir pourquoi, depuis l’arrivée de Netanyahou au pouvoir, les négociations entre Israéliens et Palestiniens sont au point mort : la fin du conflit n’est possible que si les deux côtés acceptent l’irréversibilité de la situation créée à la fin de la guerre de 1948-1949,

Il est temps d’enterrer les clés des maisons perdues

Si tous les efforts pour mener à bien un dialogue direct échouèrent, c’est parce que  ni les uns ni les autres ne possédaient ni l’énergie intellectuel ni le courage nécessaires pour accepter les résultats de la guerre de 1948-1949.

Il est certain qu’un tel consentement est plus douloureux pour les Palestiniens que pour les Israéliens : après tout, on leur demande d’accepter définitivement leur défaite historique. Concrètement, cela signifie l’abandon de leur revendication majeure, le retour en Israël des réfugiés de 1948-1949.

De leur côté, les colons soulignent à raison l’absence de fondement historique et de racines de la « ligne verte ». Mais l’épée est à double tranchant. Si Israël annule la ligne de 1949, à son tour le monde arabe n’est plus lié par elle.

Quel est donc l’intérêt qu’aurait Israël de saper lui-même les fondements d’une légitimité acquise lors de sa création ? Pour les colons et leurs alliés au pouvoir, la question ne se pose même pas : aucun prix n’est trop élevé s’il permet de poursuivre de la conquête de la terre.

Ce qui nous ramène à la case départ. Si l’on souhaite vraiment mettre fin au conflit, l’avenir ne peut être ancré que dans le principe selon lequel les Israéliens ne tenteront pas d’étendre leur frontière vers l’est, tandis que les Palestiniens renonceront aux velléités du retour à l’ouest de la ligne de cessez-le-feu de 1949. (…)

Il est temps de laisser les mânes de nos ancêtres reposer ancêtres dans les livres d’histoire, il est temps de demander aux réfugiés palestiniens d’enterrer les clés des maisons perdues, il est temps de rendre à la vie ses droits et de penser à l’avenir de nos enfants et petits-enfants, des deux côtés de la « ligne verte ».  

*http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/08/indigne-droite-israelienn…                      

Les intertitres sont de la Rédaction             

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