On a sauvé le soldat Schalit !

C’est certainement une décision courageuse qu’a prise l’actuel gouvernement israélien en acceptant d’échanger Guilad Schalit contre un millier de Palestiniens. Lourd de symboles et de « signaux », aussi.

Ainsi, après cinq interminables années, son supplice va prendre fin. Guilad Schalit, capturé par le Hamas en juin 2006, rentre à la maison. En échange, Israël libèrera en deux vagues 1.027 prisonniers palestiniens. Pour lui et les siens, mais aussi pour les captifs d’en face, l’histoire a fini par bien finir.

Et, si déjà on évoque les gens satisfaits, il faut aussi citer les dirigeants du Hamas, l’Egypte qui a servi d’interface pour les négociations, les négociateurs des deux camps et un discret, mais, semble-t-il, très efficace médiateur allemand.  

Et le gouvernement Netanyahou ? En annonçant la nouvelle de l’accord, le Premier ministre n’a pas caché que la décision avait été difficile. Passons sur les considérations cyniques quant aux conséquences politiques d’une réussite ou d’un échec dans cette affaire.

Elles ont certes dû jouer, mais on veut croire qu’en l’occurrence, ce gouvernement s’est placé dans la lignée de la grande tradition de Tsahal : on n’abandonne pas les siens, morts ou vifs. Le propre frère de B. Netanyahou, Jonathan, est tombé lors du raid sur l’aéroport d’Entebbe (Ouganda) de juillet 1976 destiné à sauver des otages. Cela ne s’oublie pas.

Il fallait donc sauver le soldat Schalit. Mission accomplie. Passons encore sur le prix exorbitant qu’il a fallu payer pour cela. Des deux côtés, on a intégré et accepté cette idée que la vie d’un Israélien vaut celle de 1.000 Palestiniens.

Compréhensible du point de vue juif, elle semble… étrange vue du côté arabe. Mais, en définitive, ce n’est pas notre affaire. Plus important est le fait qu’Israël a accepté de libérer un grand nombre de tueurs.

Car, qu’on les nomme « terroristes » ou « combattants », la réalité demeure : ces hommes ont assassiné volontairement des civils, vieillards, femmes et enfants. Et à cela, il n’est aucune excuse, pas même celle « qu’en face, ils font pire ».

Cependant, là encore, tant pis. Car voici bien longtemps, hélas, que, des deux côtés, le respect de la vie des civils n’est plus de mise. On ne fera donc pas non plus reproche à M. Netanyahou d’avoir préservé une existence aujourd’hui au risque d’en perdre beaucoup demain. 

Il a bien fait. « Qui sauve une seule vie sauve l’humanité », non ? Et pourtant, quels « signaux » terribles n’a-t-il pas envoyés ce faisant ! Le premier, c’est celui-ci : lorsqu’il le décide, ce gouvernement peut négocier sur tout avec n’importe qui.

Même indirectement (il n’y a pas eu de discussions en face à face), M. Netanyahou a parlé avec le Hamas. Malgré le refus de celui-ci de reconnaître Israël. Malgré sa charte qui prône la destruction de l’Etat juif. Malgré ses crimes sanglants.

Le Hamas a-t-il reconnu le « caractère juif » d’Israël ?

M. Netanyahou a négocié avec lui. Pas à pas, lentement, durement, mais il l’a fait. Il a abandonné des principes qu’il proclamait intangibles (« On ne discute pas avec des terroristes »). Il a reconnu les limites de sa politique favorite, la force.

Et en conséquence de quoi, ce gouvenrement a renoncé à cette « absence de faiblesse » qui est, pourtant, selon lui, la seule chose que les Arabes comprennent vraiment. Ce faisant, il a aussi envoyé un signal à tous ceux qui croient qu’il recherche la paix.

Car, ce que M. Netanyahou a su accomplir avec ses pires ennemis, il refuse de le faire avec ceux qui affirment vouloir négocier avec Israël, à savoir les dirigeants de l’Autorité palestinienne. Pour ceux qui ont renoncé au terrorisme, qui ont accepté la solution des deux Etats, rien.

Pourtant le Hamas n’a pas reconnu l’incontournable « caractère juif » d’Israël, que l’on sache ? Il ne réclame pas le « retour aux lignes de 1967 », lui. C’est toute la Palestine qu’il veut. Cela n’a pas empêché M. Netanyahou de lui offrir la libération d’un millier de prisonniers.

Quant aux dirigeants de l’Autorité Palestinienne, ce gouvernement n’a pas testé leur volonté d’aboutir comme il l’a fait avec le Hamas. M. Netanyahou ne leur a rien proposé sinon de nouvelles constructions dans les territoires occupés.

Tel est, en définitive, le message fondamental qu’envoie aux Palestiniens et au reste du monde,  cet accord sur la libération de Guilad Schalit : le gouvernement israélien ne négocie que sous la pression. Il ne comprend que la force. Qui ne voit ce qui en découle ?

]]>