Libération de Guilad Shalit ou pas, acceptation de la Palestine à l’ONU ou non, rien ne bouge au Moyen-Orient. Or le temps ne joue pas en faveur d’Israël.
Ainsi, selon le quotidien Haaretz, le Premier ministre Netanyahou aurait proposé discrètement aux Palestiniens de geler la construction de bâtiments publics en Cisjordanie (mais non celles des promoteurs privés) pour relancer le processus de paix.
L’Autorité palestinienne a rejeté l’idée et, pour reprendre les négociations suspendues depuis septembre 2010, réclame un gel total de la construction et que les discussions soient basées sur les lignes du 4 juin 1967.
Satisfaction de la droite israélienne sur le mode : « On vous l’avait bien dit. On n’a pas de partenaire, etc. ». Est-ce si évident ? La proposition de M. Netanyahou est des plus limitées : les constructions « publiques » ne représentent que 16% de ce qui se bâtit en Cisjordanie.
On peut arguer que c’est mieux que rien, un petit geste, histoire de relancer la machine. Sauf que ce discret ballon d’essai n’a aucun caractère officiel. Il n’a même pas été soumis au vote au gouvernement.
A supposer que celui-ci ne rejette pas immédiatement l’idée, la coalition majoritaire risquerait d’éclater à la Knesset. Sans même parler des hurlements des colons. Difficile dès lors de ne pas voir là une de ces gesticulations dont le Premier ministre israélien est coutumier.
N’a-t-il pas passé sa carrière à dire une chose et faire son contraire ? Au point de ressembler trait pour trait à ce ministre britannique des années 30 que Winston Churchill décrivait ainsi : « On lui demande de se lever, il veut s’asseoir et tout le monde pense qu’il va se coucher ».
Reste que, quoi qu’il en soit, les Palestiniens ont refusé de reprendre les négociations. On pourrait sans doute expliquer ce refus, mais admettons que ce soit une erreur de leur part. Encore une de ces occasions ratées dont ils ont la spécialité.
Que faire dans ces conditions ? Déjà, ce ne serait pas mal d’élever le niveau de réflexion au-delà de ces péripéties. Constater par exemple que le temps joue en faveur des Palestiniens et non des Israéliens.
Car, quelles que soient leurs souffrances actuelles, les premiers ont un but clair, l’indépendance, plusieurs chemins (Hamas ou A.P.) pour y aboutir et un nombre croissant d’alliés.
Alors qu’en face, avec sa myopie coutumière, la droite israélienne laisse s’aggraver plusieurs dangers mortels, à moyen ou long terme, pour l’Etat juif. Le premier, c’est bien sûr la démographie.
Obsédée par le « Grand Israël », elle néglige l’évolution du rapport de force démographique que celui-ci entraîne : les Arabes y seront majoritaires d’ici une génération. Se posera alors pour Israël, ce choix terrifiant : être un Etat juif ou un Etat démocratique.
« Israël, un fardeau pour les Etats-Unis »
Le second danger, c’est le refus de ce gouvernement d’admettre que sa politique préférée, sinon unique, la force ne fonctionne plus. Le glaive d’Israël ne tranche plus les nœuds gordiens.
Tsahal n’est plus à même de l’emporter dans les affrontements asymétriques. Toute puissante face à des armées constituées, elle n’est pas parvenue à vaincre ni au Liban en 2006 ni dans la Bande de Gaza en 2009.
Tout ce qu’elle a obtenu, c’est un peu de temps en échange de beaucoup de sang. Encore ce temps sert-il à ses ennemis pour se renforcer, notamment en missiles qui feront de tout Israël un champ de bataille lors du prochain affrontement.
Le troisième danger que la droite constate sans le comprendre et encore moins le résoudre, c’est la solitude croissante d’Israël. Quoique prétende le sous-ministre Danny Ayalon dans des vidéos « pédagogiques », l’Etat juif est sans cesse davantage isolé.
Ses liens avec des puissances secondaires sont superficiels et elle compte de moins en moins d’alliés majeurs. Sans oublier celui sur lequel tout repose et dont l’ex-Chef du Mossad Méir Dagan, disait voici peu : « D’atout, Israël devient lentement un fardeau pour les Etats-Unis ».
Chacun de ces périls constitue à lui seul une menace existentielle. A eux trois, on peut parler d’autodestruction. Pour conserver un territoire inutile, la droite met en jeu ni plus ni moins que l’existence du seul Etat que possède le peuple juif.
Notre histoire est, hélas, emplie de suicide collectifs accomplis pour des raisons nationales ou religieuses. Ce n’est certainement pas une raison pour laisser la droite israélienne en faire une tradition.
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