La magie d’Aladin

Plus d’une centaine de personnalités de toutes confessions et opinions philosophiques lanceront le 8 décembre 2011 au Parlement francophone bruxelloisune section belge* du projet Aladin. Créé à l’initiative de l’ancienne directrice de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, ce magnifique projet vise à diffuser la connaissance de la Shoah au sein du monde arabo-musulman.

Ce projet est né évidemment d’un constat accablant, celui de la prolifération de la négation de la Shoah dans la Cité arabo-musulmane. Pour ceux qui douteraient de cette étonnante perméabilité, je les invite à consulter l’incontournable site de veille MEMRI (un must !); à moins d’aller directement vers certains sites ouvertement antisémites, tel le mal nommé et non moins célèbre Radio-islam. L’objectif premier d’Aladin est bien de combler le vide d’information qui existe dans les sociétés du monde musulman où le sujet de la Shoah reste à ce jour une vérité cachée, sinon détournée à des fins de propagande anti-israélienne. Je n’oublierai jamais les vociférations de ces diplomates tunisiens qui, en poste à l’UNESCO, m’accusèrent, voilà plus d’un an déjà, d’avoir omis de souligner la complicité des sionistes dans le plan d’extermination nazi ! Je n’ose imaginer qu’elle aurait été leur réaction si j’avais été amené à évoquer l’alliance, cette fois-ci bien avérée, du Grand mufti de Jérusalem avec les nazis !

Le projet Aladin doit être compris comme une réponse rationnelle et intellectuelle à la déferlante négationniste issue de certaines sphères limitées, mais influentes du monde arabe. Outre la publication d’ouvrages de référence, tels Le Journal d’Anne Frank ou Si c’est un homme de Primo Levi, Aladin met en ligne un site gratuit (www.projetaladin.org) qui présente de façon simple et objective l’histoire de la Shoah, mais aussi des relations judéo-musulmanes et ce, en cinq langues, dont l’arabe, le turc et le farsi.

Le projet a judicieusement choisi d’élargir son champ d’action à l’histoire des Juifs et des musulmans à travers les siècles, et ce, sans tabou ni… totem. Contrairement à la légende dorée, le sort des Juifs dans la Cité musulmane n’a pas été si idyllique que cela. Loin s’en faut ! D’un autre côté, aussi, il n’y a pas lieu de mesurer le rapport des Arabes à la Shoah à l’aune du seul cas du Grand mufti de Jérusalem. L’histoire des relations judéo-arabes, comme d’ailleurs judéo-chrétiennes, est constituée d’ombres et de lumières. L’intérêt des uns comme des autres est d’en prendre pleine connaissance. Ce n’est donc pas par hasard que le projet Aladin présente sur son site un guide du judaïsme pour les non-Juifs ainsi qu’un guide de l’islam pour les non-musulmans.

Plus de 500 personnalités issues d’une trentaine de pays à travers l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie ont apporté leur soutien à « l’Appel à la Conscience » du projet Aladin : « Face à l’ignorance et aux préjugés, face à la concurrence des mémoires que nous refusons, nous croyons à la force de la connaissance et à la primauté de l’Histoire.  Nous affirmons, au-delà de toute considération politique, notre volonté de défendre la vérité historique, car aucune paix ne se construit sur le mensonge. La Shoah est un fait ,historique : le génocide au cours duquel six millions de Juifs d’Europe ont été exterminés. (…) Aussi nous pensons que l’enseignement de cette tragédie concerne tous ceux qui ont à c?ur d’empêcher de nouveaux génocides ». Retenons encore ce que l’appel souligne clairement :« Les Israéliens et les Palestiniens ont droit à leur Etat, leur souveraineté et leur sécurité et il convient d’appuyer tout processus de paix ayant de telles visées ».

Essayons de croire à nouveau en la magie d’Aladin.

* Infos et inscriptions concernant la séance de lancement de la section belge le 8 décembre 2011 : hubert.benkoski@gmail.com

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