Ancienne journaliste, Shelly Yachimovitch est parvenue en moins de six ans de carrière politique à se hisser à la tête du Partitravailliste. Portée par un agenda socio-économique, elle récolte les fruits de la révolte des Indignés israéliens. Ses détracteursà gauche lui reprochent son refus de condamner la colonisation en Cisjordanie.
Un vent nouveau souffle sur la gauche israélienne. Jeudi 22 septembre 2011, l’ex-journaliste Shelly Yachimovitch a provoqué un mini séisme en remportant les primaires du Parti travailliste (Avoda), avec 54 % des suffrages exprimés contre 46 % pour son rival Amir Peretz. Intervenant dans le sillage de la « révolte des tentes », lancée l’été dernier pour dénoncer la vie chère et les inégalités, cette victoire sur les vétérans du Labourisraélien ne doit rien au hasard. Avec un agenda fortement socio-économique, Shelly Yachimovitch a récolté les fruits du mouvement des Indignés israéliens… Au-delà de ce « timing » favorable, la parlementaire âgée de 51 ans incarne l’espoir d’un renouveau au sein d’Avoda, parti historique que les dernières élections législatives ont reléguéau rang de quatrième formation politique du pays.
Première femme à être élue à la tête du Parti travailliste depuis Golda Meïr, Shelly Yachimovitch affiche un profil qui tranche avec celui de ses prédécesseurs. Réputée pour son franc-parler, celle qui a fait campagne en jean avec une chemise noire ne fait ni partie de l’establishment politique, ni du sérail militaire. Elevée à Kfar Saba, par un couple de rescapés de la Shoah, Shelly Yachimovitch subit l’influence de son père, un ouvrier maçon et communiste. Forte tête, elle se fait renvoyer à 15 ans de son lycée, pour avoir brandi une pancarte dénonçant la conduite d’un proviseur despotique… Après avoir décroché un diplôme en sciences comportementales à l’Université Ben Gourion de Beer Sheva, elle se fait connaître comme reporter radio et TV spécialisée dans les affaires sociales. Fin 2005, elle lâche le monde des médias pour entamer sa carrière politique grâce au parrainage du syndicaliste Amir Peretz, qui vient de prendre les rênes du Parti travailliste et lui servira brièvement de mentor.
Le consensus israélien
A la Knesset, cette mère divorcée de deux enfants installée à Tel-Aviv ne faillit pas à sa réputation. En six ans, elle dépose pas moins de 36 propositions de lois en matière sociale, s’oppose à un projet de loi prévoyant de repousser l’âge de la retraite des femmes à 64 ans, se bat pour accorder aux caissières le droit de travailler assises. Forte du soutien du secrétaire général du puissant syndicat Histadrout, Ofer Eni, Shelly Yachimovitch s’impose donc sur la scène politique israélienne en un temps record. Préconisant l’avènement d’une social-démocratie, elle pourfend les magnats de l’économie israélienne… Profondément laïque, elle ne dit pas un mot contre le secteur ultra-orthodoxe, souvent accusé de sabrer le budget de l’Etat. Pugnace, elle ne craint pas non plus d’aborder des sujets qui fâchent. Y compris dans son propre camp.
Dernier exemple en date : ses déclarations, dans les colonnes du journal Haaretz, au sujet des colonies juives de Cisjordanie. « Je ne considère pas le projet de colonisation comme un péché ou comme un crime. A l’époque, il s’agissait d’une décision consensuelle. Le Parti travailliste a fondé l’entreprise des colonies dans les Territoires. C’est un fait historique », a-t-elle affirmé le 19 août au quotidien israélien. Avant de qualifier d’incorrecte l’idée selon laquelle « Israël pourrait mettre en place un Etat-providence dans ses frontières si les colonies n’existaient pas ». Des affirmations qui lui ont valu les foudres des mouvements pacifistes et de la gauche du Parti travailliste qui lui reprochent de ne pas se positionner clairement sur le conflit.
Interrogée à ce sujet, Shelly Yachimovitch s’est déclarée favorable aux « paramètres Clinton », « soucieuse de préserver les grands blocs de colonies et opposée au droit au retour des réfugiés palestiniens », sur une ligne assez proche du consensus israélien. Cet agenda minimaliste sur « les grandes questions » suffira-t-il à convaincre son électorat ? Pour l’heure, l’effet Shelly joue à plein… Dans la foulée des primaires travaillistes, un sondage créditait le parti Avoda de 22 sièges, en cas d’élections parlementaires : un score qui propulserait Avoda au rang de pre-mier parti d’opposition face au Likoud (26 sièges), devant Kadima et Israël Beiteinou. Mais qu’en sera-t-il demain ?
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