Enlevé le 25 juin 2006, Guilad Shalit a été libéré le 18 octobre 2011 en échange de 1.027 prisonniers palestiniens. Après l’émotion intense suscitée par cette libération, nous revenons sur les questions de fond qu’elle pose.
Avant même que Guilad Shalit ne soit libéré, un débat a secoué la société israélienne : quel prix faut-il accepter de payer ? Une question récurrente à chaque fois qu’il y a un échange de prisonniers. Cet accord qui prévoit la libération d’au moins 200 Palestiniens lourdement impliqués dans des attentats a donc ravivé deux plaies : celle des familles qui, dans ces attentats, ont perdu un enfant, un parent, un frère… et celle de la population israélienne qui s’inquièted’une dégradation sécuritaire, ce qui fait dire à certains que cet échange est un « suicide national ». Cependant, si 50 à 62 % des Israéliens craignent une dégradation sécuritaire, 63 à 79 % selon les sondages étaient favorables à cet échange.
Que faire donc ? Certains proposent d’appliquer la peine de mort aux terroristes condamnés à la prison à vie pour avoir tué, afin d’éliminer toute future tentation de les libérer. La peine de mort existe en effet toujours en Israël, mais n’a été appliquée qu’une fois, à la suite du procès d’Adolph Eichmann. D’autres imaginent l’élimination physique des terroristes libérés, s’inspirant ainsi de ce qui a été fait après le massacre des membres de l’équipe israélienne aux Jeux olympiques de Munich en 1972. Amnon Rubinstein, ancien député Meretz, suggère de créer une commission d’enquête afin de déterminer pourquoi Tsahal n’a pas mené une opération pour sauver Shalit, comme elle l’a fait par le passé notamment à Entebbe, ce qui aurait évité de libérer des terroristes palestiniens. La commission Winograd, mise en place après la guerre du Liban de 2006, avait d’ailleurs appelé le gouvernement à définir une politique en cas d’enlèvement de soldat. Une mission confiée à un comité présidé par l’ancien président de la Cour suprême, Meïr Shamgar. Ses recommandations sont très attendues.
Autre question posée par cet accord : pourquoi les négociationsn’ont-elles pas abouti plus tôt, sachant que les termes de l’accord sont assez proches de ce qu’ils étaient au départ, même si le gouvernement israélien comme le Hamas ont assoupli leurs positions initiales. Il manquait jusque-là une volonté politique. L’accord a été conclu parce que toutes les parties -Israéliens, Palestiniens et Egyptiens- avaient un intérêt à conclure.
Le nouveau gouvernement égyptien avait besoin de montrer qu’en dépit des soubresauts du Printemps arabe, il tient les rênes et reste un interlocuteur solide, voire incontournable, dans la région. Côté palestinien, le Hamas avait besoin de redorer son blason après l’initiative diplomatique de Mahmoud Abbas aux Nations Unies. Quel que soit son résultat concret, celle-ci avait permis au Président de l’Autorité palestinienne et à son parti, le Fatah, de gagner des points dans l’opinion publique palestinienne. La libération de 1.027 prisonniers palestiniens dont seul le Hamas peut s’enorgueillir, redistribue les cartes à son profit, tant la question des prisonniers est centrale dans la société palestinienne. D’autant que le Hamas a d’abord négocié le sort de ses membres – sur 1.027 prisonniers, 40 seulement appartiennent au Fatah. Cela permet à Khaled Mashal, chef du Hamas installé à Damas, de revendiquer cet accord comme une « victoire historique ».
Opportunité
Quant à Benjamin Netanyahou, qui était fermement opposé à la libération de terroristes, il a changé d’avis. Pourquoi ? Certains le soupçonnent d’avoir voulu faire diversion pour éviter de répondre à la contestation sociale. Il s’agit là d’un mauvais procès. En effet, selon Gershon Baskin, homme de gauche, fondateur et co-directeur de l’IPCRI (Israel Palestine Center for Research and Information), impliqué dans les négociations et qui ne peut être accusé d’être à la solde de Netanyahou, le tournant majeur dans les négociations avec le Hamas date du 14 juillet 2011, le jour même où Dafni Leef installe sa tente à Tel-Aviv sur le boulevard Rothschild sans pouvoir imaginer un instant les suites de son geste.
Avant que l’accord ne soit finalement approuvé par 26 voix contre 3, Netanyahou a expliqué les raisons de sa décision. Elles sont cohérentes : « Nous avons obtenula meilleure offre possible en ce moment, alors que des tempêtes se produisent au Moyen-Orient. Une petite opportunité a été ouverte. Elle pourrait mener au retour à la maison de Guilad Shalit. Cette fenêtre s’est ouverte avec la peur que le Printemps arabe ne donne que plus de pouvoir aux extrémistes et ne rende le retour de Guilad Shalit impossible à jamais ». Autrement dit, la guerre des nerfs destinée à faire fléchir le Hamas risquait de ne jamais aboutir.
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