Artisans et paysans du Yiddishland

La nouvelle exposition du Musée Juif de Belgique est consacrée à la vie quotidienne des communautés juives d’Europe de l’Est pendant l’entre-deux-guerres. Retrouvées dans les archives de l’ORT, des photographies illustrent la situation précaire des populations juives du Yiddishland avant d’être anéanties par les nazis.

Fondée en 1880 à Saint-Pétersbourg, l’ORT (« Union des sociétés pour le développement du travail industriel, artisanal et agricole parmi les Juifs ») a pour objectifs la promotion du travail manuel et le développement de colonies agricoles parmi les populations juives de l’Empire tsariste. Après la Révolution d’Octobre, elle développe considérablement ses activités en réponse à la situation tragique des populations juives de Russie durant la guerre civile. Pogroms, famines et épidémies déciment les communautés du Yiddishland. Le travail social et caritatif de l’ORT, financé de l’étranger, vient bien à propos pour le régime soviétique dont, à partir de 1921, la Nouvelle politique économique (NEP) s’efforce de ranimer l’économie russe moribonde. L’ORT a installé son siège central à Berlinet contribue massivementà la reconstruction des communautés juives d’Union soviétique. Dès la fin des années 1920, l’ORT voit son action contrôlée de plus en plus étroitement par le pouvoir stalinien qui finit par interdire ses activités à l’époque des grandes purges (1937-1938). L’utopie collectiviste juive en URSS se révèle donc un abominable mensonge d’un régime devenu hostile aux manifestations d’autonomie juive.

Régénération des Juifs

En 2004, Emmanuelle Pollack, archiviste de l’ORT-France, découvre au siège parisien de l’association un fonds photographique oublié : une centaine de négatifs sur plaques de verre représentant des scènes de la vie de colonies agricoles ainsi que d’ateliers et d’usines de l’ORT. Des légendes en yiddish inscrites sur les clichés permettent d’en restituer le contexte historique. En 2006, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, l’exposition « Artisans et paysans du Yiddishland »révèle cet inestimable archive visuel, exposé aujourd’hui au Musée juif de Belgique.

Comme le fait remarquer Emmanuelle Pollack, « ces portraits et “scènes de genre”, outre leur valeur historique, sont de véritables ?uvres d’art par la qualité des images, la force de leur composition, et la beauté des noirs et des blancs ». Ces photographies documentent l’?uvre de « régénération » des Juifs soviétiques, mais aussi polonais et roumains, menée par les gouvernements de ces pays en association avec des organisations juives comme l’ORT. Ces images sont le plus souvent posées. Même lorsqu’il s’agit de scènes d’ouvriers au travail dans les champs ou dans les ateliers, ce ne sont pas pour autant de vrais instantanés pris sur le vif immortalisant la « vraie vie », ni la contribution enthousiaste des prolétaires juifs à la construction du socialisme en Union soviétique ! Car les tracteurs sur lesquels posent fièrement ces fermiers juifs, tout comme les machines avec lesquelles travaillent les ouvriers juifs dans les coopératives, ont été importés par l’ORT. Une réalité alors occultée par la propagande soviétique !

En parallèle à cette exposition, le Musée juif de Belgique rend hommage à ses donateurs en présentant une sélection d’?uvres et de documents (peintures, cartes, livres précieux, affiches, photos, objets de culte, etc.) figurant parmi ses collections, constituées surtout grâce aux nombreux dons.

Construit en 1911 pour abriter l’Ecole allemande de Bruxelles, l’édifice actuel du Musée juif sera l’an prochain entièrement reconstruit. Les visiteurs auront déjà l’occasion de découvrir les cinq projets retenus par le comité de sélection au terme de l’appel d’offres, dont le projet du bureau Matador qui a finalement été choisi. Comme le souligne Philippe Blondin, directeur général du Musée, « le projet retenu conserve la façade de l’édifice actuel, tout en créant une architecture d’une conception résolument moderne. Il contribuera à faire de notre musée une étape indispensable des circuits touristiques du centre de Bruxelles ».

« Artisans et paysans du Yiddishland » et « Hommage aux donateurs », jusqu’au 31 janvier 2012, Musée juif de Belgique, 21 rue des Minimes, 1000 Bruxelles. Tous les jours (sauf lundi) 10h-17h.

Plus d’infos : www.new.mjb-jmb.org ou 02/512.19.63. Possibilité de soirées en groupe sur le thème de l’ORT Belgique, contactez Charlotte Gutmann : charlotte@ortbe.org ou 0497/44.45.67

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