Du 10 novembre 2011 au 14 janvier 2012, la Galerie Nathalie Obadia présente la première exposition personnelle à Bruxelles de Clara Halter. « Chemins de Paix » ou quand la paix devient le moteur d’une vie.
On vous connait pour être une femme engagée, vous avez reçu le trophée « Femme en or » dans la catégorie « Arts » en 2001. Votre investissement artistique n’a cessé d’évoluer. Que nous présentez-vous dans cette exposition ? On y trouvera d’abord une série de dessins que j’ai faits à l’encre et à la plume, traités à la loupe. Ce sont des dessins sur lesquels je travaille depuis très longtemps, des modules en quelque sorte que je choisis préalablement. Cela peut être des lettres, des formes géométriques, semblables à celles de l’écriture sumérienne. L’exposition présentera aussi des gravures que je fais à partir d’un détail d’un dessin original, un centimètre carré que j’agrandis par système photographique et que je solarise sur de l’acier ou du cuivre. Et puis, il y aura surtout mes variations calligraphiques autour du mot « Paix », reproduites sur des calques dans une cinquantaine de langues spécialement pour cette exposition. Les œuvres que je présente à la Galerie Nathalie Obadia donneront un aperçu de l’ensemble de mon travail.
Vous étiez journaliste (Les Palestiniens du silence, éd. Belfond, 1974) et vous êtes devenue artiste lorsque votre mari s’est mis à écrire, est-ce une coïncidence ? Avec Bernard Kouchner, notamment, nous avions en effet fondé la revue Eléments, consacrée à la paix au Proche-Orient. Moi, j’étais sur place en Israël et je faisais l’aller-retour entre Paris et Jérusalem plusieurs fois par an. J’ai enquêté au Liban, en Egypte, dans les Territoires palestiniens, j’y ai interviewé les gens… Cela a duré dix ans. Quand Sadate est allé à Jérusalem en 1977, j’ai demandé qu’on arrête les activités à Paris. Quand d’un côté comme de l’autre, vous entendez répéter la même chose autant de temps et que rien ne bouge, c’est éreintant. Le journal a donc cessé de paraître. Marek était peintre, il écrivait alors Le fou et les rois. Il m’a rappelé que j’étais venue le trouver en lui demandant s’il souhaitait continuer à écrire ou retourner à la peinture. Il m’a répondu que cela lui plaisait d’écrire, et comme j’avais moi-même commencé le dessin, nous avons échangé nos moyens d’expression !
En 2000, vous concevez avec l’architecte Jean-Michel Wilmotte le Mur pour la Paix, sur l’esplanade du Champ de Mars. Ce sera le début d’une belle aventure, dont cette exposition est un peu la prolongation ? Tout à fait. Mon Mur pour la Paix créé à Paris a été suivi d’une Tour de la Paix à St-Petersbourg pour le tricentenaire de la ville en 2003, et des Portes de la Paix à Hiroshima, à l’occasion du 60e anniversaire du largage de la bombe atomique en 2005. A Jérusalem, ce sont des Tentes de la Paix qui ont vu le jour en 2006. Il s’agissait de tentes militaires détournées de leur objectif initial et installées sur la colline d’Abou Tor, un quartier mixte de la ville. Le dernier soir, nous avons organisé, dans le ciel de Jérusalem, une projection lumineuse du mot PAIX calligraphié dans toutes les langues. Il me semble qu’à force de répéter le mot, de le voir, encore et encore, les gens s’imprègnent de quelque chose qui, indirectement, peut influencer les pouvoirs.
Vous en êtes, dites-vous, « venue naturellement à détruire les mots, les théories, pour garder ce qu’il y a de plus élémentaire, la lettre ». Est-ce le fruit de déceptions ? On trouve de tout sur le Proche-Orient, beaucoup de gens qui savent ce qu’il faut faire… Dans mes dessins et dans mes gravures où je n’écris qu’une lettre, je m’élève contre tous ces mots, tous ces livres, ces messages écrits sur internet avec les contenus haineux que l’on sait. En revenant au minimum de l’écriture, la lettre, j’écris en quelque sorte contre l’écriture. Le rêve de paix continue lui à exister de manière universelle.
Concernant le conflit israélo-palestinien, êtes-vous plus optimiste aujourd’hui ? J’ai connu des moments où je pensais qu’on était beaucoup plus près de la paix, même du temps d’Arafat. On ne sait pas aujourd’hui de quoi sera fait l’avenir, notamment dans tous ces pays qui ont connu le Printemps arabe. Mais même sans être forcément optimiste, cela ne m’empêchera pas de continuer. Le Mur pour la Paix sur le Champ de Mars était fait pour durer quelques mois, il est là depuis plus de onze ans maintenant. Idéalement placé entre l’esplanade des Droits de l’Homme, au Trocadéro et l’Ecole militaire, il sert désormais de lieu de rendez-vous aux organisations humanitaires nationales et internationales. L’opposition iranienne et l’opposition syrienne en ont fait leur mur. Ce n’est plus le mien. Il est là parce qu’il est vivant, et ce sont tous ces gens qui le font vivre. C’est cela la force de la démocratie.
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