Il avait été encore plus clair lors d’un entretien avec Ahmet Davitoglu, le Ministre turc des Affaires Etrangères** : « A la première balle qui s’abat sur la Syrie, six heures après, j’aurai embrasé le Moyen-Orient, fait chuter des régimes et allumé le feu près des puits de pétrole du Golfe. »
Et comment ? « Je transporterai des centaines de missiles sur les plateaux du Golan pour les lancer sur Tel-Aviv. En même temps, nous demanderons au Hezbollah d’ouvrir un brasier contre Israël et à Hamas de perpétrer des opérations sans précédent, tout cela lors des trois premières heures. »
« Dans les trois heures suivantes, l’Iran lancera des frappes contre les navires de guerre américains dans les eaux du Golfe, alors que les chiites du Golfe s’attaqueront à de grandes cibles occidentales, et tueront des Américains et des Européens partout dans le monde »
Assad fait-il vraiment l’impasse sur le destin de son pays dans les six heures qui suivraient les six premières ? Ou s’agit-il encore de cette rhétorique exaltée qu’on reproche souvent aux dirigeants arabes ? Simple coup de bluff d’un joueur au bord du gouffre ?
On ne sait mais ce qui est clair, c’est qu’il a fait glisser une contestation démocratique vers un affrontement entre communautés, voire une guerre civile. Par sa répression sans pitié, le Président Assad s’est définitivement mis à dos 16 millions sont sunnites… sur 23 millions de Syriens,
Car depuis que son père, Hafez al Assad, s’est emparé du pouvoir en 1970, c’est la minorité alaouite (3 millions), une secte dissidente du chiisme qui dirige le pays. Voici un demi-siècle qu’ils trustent tous les postes de pouvoir, l’armée et, bien sûr, les services de sécurité.
« Bon pour Israël »?
Jusqu’il y a peu, c’était, il est vrai, avec le soutien des autres minorités. Mais là encore, les massacres aveugles sont en passe de détacher des Alaouites tant les chrétiens grecs-orthodoxes, (2,5 millions) que les 2 millions de Kurdes ou les Druzes et es Arméniens.
La communauté alaouite, même si elle n’est pas toute entière derrière le clan Assad, se retrouve seule face à tous. Une situation explosive, surtout si l’armée se divise, comme cela commence à être le cas. L’ombre d’une guerre civile se profile.
Ce qui entraînerait à coup sûr de plus ou moins discrètes interventions étrangères. Au risque de voir s’affronter par Syriens interposés, un « axe chiite » (Syrie-Iran-Hezbollah), contre Turquie, Arabie Saoudite, Émirats du Golfe, etc. regroupés en une « alliance sunnite ».
A court voire moyen terme, tout cela devrait être « bon pour Israël ». Tant que les pays du Machrek s’affrontent, ils ne sont pas en mesure de se lancer dans une aventure militaire contre l’Etat juif. Reste le risque d’un « dérapage » plus ou moins contrôlé.
Un incident de trop à Gaza. Un nouvel affrontement avec le Hezbollah. Bachar al Assad, comme Nasser en 1967, se laissant griser par sa propre rhétorique… Et comme à l’époque, tous les chaudrons commenceraient à déborder les uns après les autres.
*http://www.cclj.be/article/3/2362
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