L’Iran serait sur le point de construire une bombe atomique. Et Israël se prépare à une frappe préventive pour l’en empêcher. Coup de bluff ou coup de poker ?
Le projet était dans l’air depuis longtemps. Mais on n’en parlait plus guère jusqu’à ce que, mi octobre, le site Gulfnews, basé à Dubaï, le remette à l’ordre du jour avec deux questions simples : Israël va-t-il attaquer l’Iran ? Et si oui, que feront les Etats-Unis ?
S’il ne s’attardait pas trop sur la première, Gulfnews était assez catégorique quant à la seconde : la coopération entre les deux pays, expliquait-il, est plus étroite que jamais, mais le gouvernement américain ne voudra pas d’une attaque contre l’Iran non coordonnée avec lui.
Et puis, début novembre, des informations -des rumeurs ?- ont commencé à « fuiter » dans les médias israéliens : « B. Netanyahou et E. Barak envisageraient de lancer une frappe sur l’Iran avant le début de l’hiver », affirmait le quotidien Yediot Aharonot.
Le très va-t’en guerre ministre des Affaires étrangères, A. Lieberman, les soutiendrait. Mais une majorité du gouvernement serait contre. Tout comme les chefs des services de renseignements, et même le chef d’Etat-Major de Tsahal.
En même temps, on a apprenait que l’armée testait de nouveaux missiles balistiques capables de frapper l’Iran. Et, qu’en Méditerranée, l’aviation s’entraînait à des missions « longue distance ».
De son côté, la marine renforçait les capacités de ses sous-marins lanceurs de missiles. Sans oublier un vaste exercice de défense passive à Tel-Aviv. Et, devant la Knesset, le Premier ministre qualifiait l’Iran de « menace sérieuse et directe ».
Même le très mesuré Président Peres déclare que « l’option militaire est désormais plus proche qu’une solution diplomatique ». Bref, ça sent la poudre. Mais pourquoi précisément maintenant ?
Parce que, d’ici quelques jours, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) va publier un rapport. Et que celui-ci devrait confirmer le caractère militaire du programme nucléaire iranien.
Or, les dirigeants de ce pays répètent avec régularité qu’Israël doit être « effacé de la carte », que « l’entité sioniste va s’écrouler » et que « les sionistes sont voués à disparaitre ». Des rodomontades mais renforcées à présent d’armes atomiques.
Devant la menace d’une « deuxième Shoah », Israël n’aurait donc pas d’autre choix qu’une frappe préventive. D’autant, ajoutent les tenants de cette action, que, s’il devra sans doute agir seul, Israël ne sera néanmoins pas dénué d’alliés dans cette aventure.
Projet risqué ou savante manœuvre ?
Certes, le Président Obama ne se lancera pas dans une guerre à un an des elections, mais il devrait soutenir l’Etat juif dans cet affrontement. Tout comme la Grande-Bretagne et la France qui ont affirmé qu’elles « ne resteraient pas les bras croisés » si la sécurité d’Israël était menacée.
Sans parler des pays arabes sunnites, Syrie exceptée mais Arabie saoudite en tête, qui n’ont pas la moindre envie de voir l’Iran chiite devenir une puissance nucléaire et donc le maître de la région.
Cependant, en Israël même, l’idée est loin de faire l’unanimité. D’abord, affirment ses détracteurs (une pléiade d’anciens généraux et d’ex-dirigeants des services secrets), il faudrait déjà que l’opération réussisse, ce qui n’est pas du tout certain.
L’Iran a dissimulé et enterré ses centrales. Il a de quoi se défendre… et riposter. D’autre part, serait-elle même un succès que l’attaque ne ferait que retarder le programme nucléaire iranien de quelques années. Par contre, Israël subirait immédiatement une pluie de missiles et de roquettes.
Lancés par l’Iran même, mais aussi par le Hezbollah au nord et le Hamas au sud. De quoi saturer les systèmes de défense israéliens, si efficaces soient-ils. Sans parler de la Syrie qui pourrait bien être tentée de se lancer dans une aventure militaire.
On le voit, l’affaire est des plus risquées. Au point que d’aucuns estiment que cette montée de tension n’est qu’une savante manœuvre. Son but ? Effrayer assez les pays émergents, peu ou prou pro-Iraniens, pour qu’ils approuvent un durcissement des sanctions contre Téhéran.
Plaide en ce sens le fait que le gouvernement israélien a attendu plusieurs jours avant de s’en prendre aux médias qui auraient publié des informations « sensibles » et trahi le secret des discussions gouvernementales.
Une attitude que la plupart des éditorialistes israéliens jugent hypocrite : pourquoi, demandent-ils, les autorités n’ont-elles pas usé de la censure militaire ? C’est pourtant une pratique courante et acceptée sur les questions délicates.
On en est là : le rapport de l’AIEA sortira le 9 ou, au plus tard, le 15 novembre 2011. On verra alors assez vite si le gouvernement israélien a tenté un coup de bluff ou s’il a vraiment résolu de crever l’abcès iranien. Avec tous les risques que cela comporte.
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