Voilà qu’on parle des Juifs de Belgique à la Maison Blanche, dites donc. Merci qui ? Merci, Newt Gringich. Non qu’il s’intéresse le moins du monde à nous. C’est juste une manière de faire parler de sa candidature à la présidence des Etats-Unis.
En définitive, c’est assez logique : de nos jours, en Amérique (et ailleurs), plus on est à droite, plus on est bigot, plus on aime le gouvernement israélien. Or, Newt Gringich est l’actuel favori du très conservateur Tea Party aux primaires républicaines.
C’est donc pour cela qu’il a piqué une crise contre l’ambassadeur des Etats-Unis en Belgique, Howard Gutman, dont il exige ni plus ni moins que le renvoi. Son crime ? Avoir évoqué un lien entre le gouvernement israélien et l’antisémitisme.
De fait, ce 1er décembre, lors d’une conférence, M. Gutman a établi une distinction entre l’antisémitisme « traditionnel « (de l’extrême-droite, des intégristes chrétiens, etc. NDLR) et celui des musulmans causé par le conflit israélo-palestinien :
«Je n’ai aucune base pour dire que le premier grandit (…) Ce que je vois, c’est la montée de la tension, de la haine et parfois même de la violence entre certains membres des communautés musulmanes et les Juifs notamment sur les campus universitaires ».
Il a aussi estimé que, la solution pour faire diminuer cette haine là se trouvait entre les mains « des dirigeants en Israël, dans les Territoires Palestiniens et dans les pays arabes du Moyen-Orient ».
Oui, et après ? Après, c’est tout. Mais c’est encore trop pour les meilleurs amis du gouvernement Netanyahou, surtout s’ils sont en campagne électorale. Et le fait qu’Howard Gutman soit lui-même juif, fils d’un survivant du judéocide, ne change rien à l’affaire.
On ne critique pas la coalition au pouvoir en Israël. Faire le lien entre la politique de la coalition actuelle et l’antisémitisme de certains musulmans est « outrageant », comme l’a déclaré Matthew Brooks, responsable de la « Republican Jewish Coalition »
« Démission ! Démission ! » a donc enchaîné Gringich à tout hasard. Du coup, la Maison Blanche s’est fendue d’un communiqué : « Nous condamnons l’antisémitisme sous toutes ses formes et il n’y a aucune justification pour les préjugés contre le peuple juif ou Israël »
Bien dit. Ca ne mange pas de pain et personne n’ira dire le contraire… Le plus intéressant dans tout cela, ce ne sont sans doute pas les propos de l’ambassadeur. Après tout, il ne faisait que répéter ce que tout le monde sait.
A savoir que les incidents antisémites croissent à chaque montée de tension au Moyen Orient. Mais ce n’est pas parce que c’est évident que cela peut être dit. De l’avis de la coalition au pouvoir en Israël et ses auxiliaires, du moins.
Les intolérables propos d’Hillary Clinton
On les comprend : à force d’échouer en tout et partout, les dirigeants israéliens ne supportent plus rien. Et surtout pas les critiques, fussent-elles amicales. Même si elles proviennent du dernier -et ô combien important- allié de l’Etat juif.
Comme la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, par exemple, qui a cru que sa position lui autorisait des remarques parfaitement déplacées. Est-ce qu’elle n’a pas été se dire « choquée » par les tentatives de la droite israélienne de restreindre les libertés des ONG et de la presse?
Est-ce qu’elle n’a pas « déploré » la discrimination croissante que subissent les Israéliennes, à l’armée, entre autres ? N’a-t-elle pas ajouté que certains de ces phénomènes lui rappelaient l’Iran ?
Intolérables propos. Youval Steinitz, des Finances a donc tonné que la ségrégation des femmes était inacceptable mais que ce n’était pas une menace pour la démocratie israélienne. Guilad Erdan (Environnement) a suggéré qu’elle se concentre plutôt sur son propre pays.
Quant au Ministre l’Intérieur, Eli Yishai, il a rappelé que les lois étaient votées dans la plus stricte légalité de la seule démocratie du Moyen Orient. On comprend bien que si la patronne des Affaires Etrangères est ainsi remise à sa place, ce n’est pas pour laisser un de ses employés à Bruxelles s’exprimer à sa guise…
*A lire sur le site du quotidien israélien Yediot Aharonot.
http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4156355,00.html
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