Les menaces sur la démocratie israélienne

 De nombreuses voix critiquent les mesures non démocratiques que le gouvernement de Benjamin Netanyahou souhaite imposer à la société israélienne. Directement visée par cette politique liberticide, Shalom Archav (La Paix maintenant) n’est pas la seule ONG à dénoncer cette évolution dangereuse pour la démocratie israélienne. Nous avons rencontré son directeur général, Yariv Oppenheimer, de passage à Bruxelles.

Dans quelle mesure le gouvernement de Benjamin Netanyahou menace-t-il la démocratie ? Depuis qu’on est entré dans une impasse dans les négociations israélo-palestiniennes, il est clair que le gouvernement israélien ne cherche plus à s’attaquer à l’Autorité palestinienne. Il s’est trouvé d’autres cibles, et cette fois, elles se situent à l’intérieur même de la société israélienne. La coalition gouvernementale de droite et d’extrême droite s’efforce de réduire à la liberté d’expression des citoyens et de limiter l’action des associations impliqués dans la défense des droits de l’homme et la coopération avec les Palestiniens en déposant des projets ou des propositions de lois liberticides. En clair, le gouvernement cherche à museler tous ceux qui critiquent ou s’opposent à sa politique.

Quelles sont les cibles du gouvernement ? Le gouvernement a clairement identifié trois ennemis : les juges, les médias et les ONG. Il cherche donc à les affaiblir par tous les moyens. Les juges ne lui plaisent pas, le gouvernement va alors modifier le système de nomination de ces derniers. Les médias font leur métier en exerçant une analyse critique de l’action gouvernementale, il décide donc d’étendre son contrôle sur les chaînes de télévision et les radios en plaçant à leurs têtes des responsables dociles et en licenciant les journalistes trop critiques. Quant aux ONG, le gouvernement a préparé un projet de loi visant à supprimer les subsides de celles qui bénéficient de soutiens financiers de gouvernements étrangers. Tout le monde sait que cette mesure ne vise que les organisations de gauche et non pas celles qui soutiennent ou défendent la colonisation de la Cisjordanie.

Shalom Archav est donc pris dans la tourmente… Complètement, mais nous ne sommes pas les seuls. La question qui se pose n’est pas de savoir si Israël évolue à droite ou à l’extrême droite, mais bien de savoir si Israël est encore un Etat démocratique, un Etat de droit. Cette évolution ne se fait pas en journée. Il s’agit d’un processus dont la mise en œuvre s’étend sur plusieurs années. La mauvaise nouvelle, c’est que le processus est engagé et qu’on assiste depuis quelques mois à une escalade de la violence dans le discours public. Cela se traduit par des agressions commises par des groupes d’extrême droite sur des populations arabes ou sur des militants d’organisations pacifistes et de droits de l’homme. Des responsables de Shalom Archav ont ainsi reçu des lettres de menaces très explicites et certains d’entre nous ont vu les murs de leur maison recouverts de graffitis haineux.

Ce processus suscite-il la condamnation d’autres milieux que la gauche israélienne et les ONG ? Si l’atmosphère générale est exécrable, il faut relever un aspect positif : la plupart des projets élaborés par le gouvernement à l’encontre des juges, des médias et des ONG se heurtent à des résistances importantes au sein même de la droite israélienne. Des ministres comme Benny Begin et Dan Meridor mais aussi le Président de la Knesset Rehuven Rivlin, s’opposent vigoureusement à ces projets limitant la liberté d’expression et la capacité d’action des juges et des ONG. Nous ne sommes donc pas isolés dans ce combat et nous bénéficions malgré tout du soutien d’une part importante de la société israélienne. Tout simplement parce que ces questions concernent tout le monde et pas seulement les ONG comme Shalom Archav. Je pense donc qu’il sera possible d’écarter la plupart de ces projets de lois que le gouvernement compte adopter.

On voit à chaque fois le Premier ministre intervenir pour suspendre les projets de loi en question. Cela signifie qu’il s’y oppose ? Pas du tout. Si le Premier ministre essaye d’adopter un profil plus modéré que certains de ses ministres, il se montre favorable à tous ces projets. Comme il a compris que cela ne se fera pas sans difficulté, il cherche à ruser en les gelant momentanément. Il gagne du temps pour trouver la manière qui lui permettra de les faire adopter ultérieurement. Pour ce faire, il a fait appel à des juristes chargés de donner à ces projets de loi une apparence conforme aux principes démocratiques même si en réalité, ils conservent leur essence liberticide. Benjamin Netanyahou joue un jeu dangereux, car il permet à des députés de sa majorité de déposer des propositions fantaisistes et liberticides pour ensuite se profiler comme un modéré en condamnant celles-ci. Mais tout cela ne l’empêche pas de soutenir pleinement des projets et des propositions de lois très sérieux, mais tout aussi contraires aux principes démocratiques.

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