D’un côté, le Hamas prône la destruction de « l’entité sioniste », de l’autre, il se dit à prêt à accepter un Etat palestinien en Cisjordanie et Gaza. Mensonges, comme l’affirme Israël ? Ou évolution similaire à celle de l’OLP des années 80 ?
A priori, tout est simple : la volonté du Hamas*, exprimée dans sa Charte, est de détruire Israël et d’instaurer un Etat islamique à sa place. Et pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons
Y compris les attaques contre les civils. De fait, entre 1994 à 2995, l’organisation a multiplié les attentats-suicides sanglants. Et si elle y a renoncé en 2006, c’est pour les remplacer par des tirs de roquettes. La même démarche, juste moins « efficace ».
En face, l’attitude d’Israël est tout aussi claire : le Hamas est un mouvement terroriste Hors de question donc, de négocier jamais avec lui -sauf, bien entendu, de manière ponctuelle et indirecte comme dans le cas de Guilad Shalit.
Mais, comme l’histoire ne cesse de le montrer, les situations, les gens, les organisations et surtout les fins et les moyens évoluent. Un bon exemple en est l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat dans les années 1970 et 80.
Islam excepté, sa Charte était à peu près identique à celle du Hamas. Sa manière de combattre aussi. Pourvu que ce soit un « sioniste », hommes, femmes enfants, tout était bon à tuer pour l’OLP.
En fait, dans les deux cas, cette stratégie poursuivait un même but : devenir l’ennemi principal. Et dans les deux cas, cela a fonctionné. Cet objectif atteint –et la violence ayant montré ses limites- l’OLP est passée à un autre: se transformer en interlocuteur reconnu.
Et tenter d’obtenir par la négociation ce que les armes d’évidence ne pouvaient lui apporter : un Etat palestinien. Lequel, autre évolution serait très réduit par rapport aux ambitions initiales : dès qu’on cesse de tuer, le réalisme reprend ses droits.
Après avoir longtemps nié ou ignoré cette évolution, Israël a choisi de lui donner sa chance, ce qui a abouti aux Accords d’Oslo de 1993. Que la droite israélienne et les tergiversations d’Arafat aient fait échouer cette démarche est une autre histoire.
Aujourd’hui, le Hamas tente d’entrer dans un processus similaire. A sa façon, il reprend le premier discours de Yasser Arafat à la tribune de l’Onu en 1974 : « Je me présente ici avec un fusil et un rameau d’olivier… »
Une petite musique, encore dissimulée par le fracas des roquettes tombant sur le sud d’Israël mais qui se répète de plus en plus fort. On a encore pu l’entendre dans l’accord de réconciliation que le Hamas a signé avec l’Autorité palestinienne ce 24 novembre
Les deux camps se sont, entre autres, mis d’accord pour déclarer que « l’Etat palestinien sera établi sur les territoires palestiniens occupés en 1967 : la Cisjordanie et Gaza avec Jérusalem comme capitale ».
Elle s’accordent aussi pour conclure une trêve avec Israël »avec tout ce que cela implique ». Certes, le Hamas « croit toujours à la résistance armée » mais, pour l’heure, il est prêt à « se concentrer sur la résistance populaire pacifique ».
Israël jouera-t-il le jeu ?
Dit autrement, le Hamas agite un petit rameau d’olivier, pour voir. Qu’a-t-il à perdre ? D’une part, cela ne peut qu’améliorer son image. De l’autre, dans le contexte arabe actuel, l’heure n’est pas à la lutte armée. Si Israël joue le jeu, il verra bien où tout cela le mène.
Sinon, il aura démontré qu’il avait raison de se battre, que l’Etat juif ne comprend que la force. De fait, côté israélien, le gouvernement ne semble absolument pas prêt à explorer cette ouverture, ne serait-ce que pour en démontrer la fausseté.
Tout comme ses prédécesseurs doutaient d’Arafat, B. Netanyahou ne croit pas à cette modération toute neuve. Comme avec l’OLP de l’époque, il refuse de parler au Hamas tant qu’il n’a pas renoncé à la violence, amendé sa Charte et reconnu Israël.
Bien sûr, la position du gouvernement israélien serait plus solide s’il négociait avec l’Autorité Palestinienne qui, elle, s’est pliée à toutes ces conditions. De là à en conclure que le rameau d’olivier de M. Netanyahou n’est pas bien vivace, il n’y a, hélas qu’un pas ….
*Le Hamas (acronyme de « Mouvement de résistance islamique ») a été fondé en 1987 par le Sheikh Yassine et d’autres membres des Frères musulmans. Après s’être créé une base populaire en se consacrant à l’aide sociale et religieuse, il s’est lancé dans le terrorisme et les attentats suicides.
]]>