Réunis en congrès pendant trois jours, les militants de Ni putes ni soumises viennent d’élire leur nouvelle présidente, Asma Guénifi. Après l’entrée de Fadela Amara dans le gouvernement de François Fillon et la contestation de la présidente sortante, Sihem Habchi, cette association féministe et populaire doit trouver un nouveau souffle.
Depuis que Fadela Amara avait rejoint le premier gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2007, le mouvement féministe né après le meurtre de la jeune Sohane Benziane, brûlée vive dans la cave d’une cité de la banlieue parisienne en 2003, a connu une période difficile. Ensuite, Ni putes ni soumises a dû affronter des critiques de plus en plus virulentes, et notamment l’accusation de véhiculer un discours stigmatisant la population masculine des banlieues, et plus particulièrement celle d’origine arabo-musulmane. Par leur tradition culturelle et leur religion, ils seraient nécessairement violents à l’égard des femmes. Selon une des marraines du mouvement en 2003, la sociologue française Nacira Guénif-Souilamas, Ni putes ni soumises aurait progressivement « contribué à alimenter des discours racistes et sexistes en plaçant les hommes arabes et noirs de banlieue au centre du dispositif de dénonciation ». D’autres ont repris cette stigmatisation de Ni putes ni soumises en allant jusqu’à accuser le mouvement de prolonger un discours colonialiste sur les jeunes des banlieues.
Pourtant, le nom volontairement provocateur de Ni Putes Ni Soumises se voulait un cri de colère contre le machisme et les violences faites aux filles dans les quartiers populaires, sans chercher à ethniciser cette violence. Bien au contraire, Ni putes ni soumises s’est toujours efforcé de mettre en valeur les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité dans les « territoires perdus de la République ».
Le combat mené par Ni putes ni soumises est difficile et les obstacles ont été nombreux. Cela ne l’a pas empêché de mener un travail de proximité auprès des femmes des quartiers. Par ailleurs, les militants et les militantes étaient dans leur écrasante majorité issues de ces quartiers et de l’immigration arabo-musulmane.
Féminisme populaire
Cette nouvelle présidence doit donc être l’occasion de repréciser le message afin que le mouvement opère précisément la jonction entre les problématiques de l’immigration et du féminisme comme à ses débuts. Asma Guénifi, la présidente élue, est déterminée à engager le mouvement dans cette direction. « J’ai la conviction qu’il n’existe qu’une voie pour faire progresser la condition des femmes : le féminisme populaire qui s’adresse à chacun d’entre nous, hommes et femmes, qui nous pousse à lutter contre les préjugés et à changer les mentalités pour qu’en France et dans le monde, chaque femme aieaccès à l’égalité », a-t-elle rappelé dans sa profession de foi.
Fondatrice de l’Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (AFEMCI), Asma Guénifi (36 ans) vit en banlieue parisienne et milite contre l’intégrisme religieux depuis 1994, lorsque son frère a été assassiné par des islamistes à Alger. Arrivée en France après ce drame, elle crée l’association Hichem, du nom de son frère assassiné. Avec de « jeunes exilés », elle parcourt l’Hexagone pour sensibiliser les Français aux dangers de l’intégrisme.
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