Lors d’une animation sur la diversité et l’interculturalité organisée dans le cadre d’une formation pour policiers, une animatrice du Centre pour l’égalité des chances a véhiculé des préjugés sur les Juifs, alors qu’il s’agissait précisément de les dénoncer et les déconstruire.
Dans un article de Regards (n°743) consacré au site de recensement sur les incidents antisémites, www.antisemitisme.be, Joël Kotek, historien spécialiste de l’antisémitisme, mettait en exergue une défaillance du Centre pour l’égalité des chances et de la lutte contre le racisme qui pouvait passer inaperçue ou ne contenir qu’une portée trop générale au moment de la publication de cet article : « Vraisemblablement, le personnel du Centre pour l’égalité des chances ne dispose pas des outils intellectuels nécessaires ». Les remarques tenues par une animatrice du Centre lors d’une formation sur la diversité culturelle confirment de manière éclatante la remarque de Joël Kotek.
Qu’a-t-elle donc dit de grave ? Lorsqu’on lui a demandé pourquoi certaines communautés s’intègraient mieux que d’autres et pourquoi les exigences à l’égard des Juifs orthodoxes d’Anvers étaient moindres qu’à l’égard des communautés marocaines et turques, cette animatrice a répondu : « Parce qu’ils ont de l’argent et du pouvoir » ! Et lorsqu’on demande ensuite pourquoi les Juifs restent entre eux, elle donne une réponse très curieuse : « A cause, entre autres, de ce qu’ils ont vécu, la Shoah, même si la Belgique n’a rien à voir avec les camps d’extermination ».
Pour certains anciens employés et collaborateurs du Centre pour l’égalité des chances, cet incident n’a rien d’étonnant. « Depuis de nombreuses années, la formation du personnel censé dispenser les animations et les ateliers sur les discriminations et les préjugés n’est pas assurée sérieusement », précise un ancien employé. « Il n’est donc pas suprenant de voir qu’une animatrice ait cru qu’on pouvait dénoncer des stéréotypes en utilisant elle-même des stéréotypes ». Un autre ancien collaborateur regrette qu’on n’ait pas depuis longtemps fait appel à des spécialistes de l’antisémitisme ou du monde juif pour mieux les former.
Lorsque les responsables du Centre pour l’égalité des chances réagissent à cette affaire en rappelant que ces séances de formation sur l’interculturalité sont difficiles, ils n’ont pas tort. Mais c’est précisément la raison pour laquelle elles ne doivent pas être confiées à la première venue. On n’envoie pas un néophyte dans la fosse aux lions. De la même manière, on s’efforce de confier ces formations à de bons pédagogues qui travailleront efficacement sur les préjugés et les stéréotypes.
Que ce soient dans les écoles, les entreprises et même les prisons, il existe des associations qui font un travail extraordinaire en la matière. On pourrait citer une expérience en guise d’exemple, tout simplement parce qu’on la connaît bien : le Programme d’éducation à la citoyenneté « La haine, je dis non » du Centre communautaire laïc juif (CCLJ). Chaque semaine, cette équipe se rend dans des écoles sur tout le territoire de la Communauté française pour travailler sur ces questions de préjugés et de stéréotypes. Parce qu’elles sont confrontées à des situations difficiles, les membres de cette équipe prennent bien soin de ne pas négliger leur propre formation. Pour ce faire, elles s’informent et elles se forment tout au long de l’année.
On ne peut souhaiter qu’une seule chose au Centre pour l’égalité des chances : qu’il tire les leçons de cet incident sans en reporter la faute sur les journalistes qui ont révélé cette affaire et sans reprocher aux Juifs de s’en indigner. Une institution de ce type est une nécessité, il faut donc la préserver pour qu’elle continue d’exister.
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