Voyage à Auschwitz-Birkenau

Ancienne madriha (monitrice) de la Jeunesse juive laïque, Audrey Elbaum, 18 ans, a souhaité être du voyage à Auschwitz-Birkenau et Cracovie organisé par la Maison des Jeunes du CCLJ. Quelques jours après son retour, elle a tenu à nous rapporter ses impressions. Comme l’exprimait si bien Claude Lanzmann : « … lire seulement n’est pas assez. Il faut voir et savoir, savoir et voir, indissolublement. C’est un déchirant travail ».

Je tiens d’abord à vous remercier de nous avoir permis de participer à ce voyage qui fut essentiel. Pour être sincère, j’appréhendais beaucoup ce moment. La semaine d’avant, j’ai même eu envie de tout annuler, probablement par panique. Mais vous aurez pu voir que j’étais finalement bien présente !

Et je ne regrette pas ce voyage. Au contraire. Je l’ai trouvé essentiel, car on a beau lire tous les livres d’Histoire, les témoignages, connaître les chiffres. Y être, être physiquement présent sur des lieux où, sept décennies plus tôt, une effroyable atrocité sur des millions de vies humaines s’est produite, c’est autre chose. Je ne dis pas qu’il ne faut pas lire tous ces ouvrages témoignant de cet événement, mais l’un ne va pas sans l’autre.

Quand nos pieds touchent ce sol, ce sol témoin, j’avais beau connaître, c’est là que j’ai compris. C’est là que j’ai imaginé et donc réalisé non pas un nombre, mais des personnes, des êtres humains avec une famille, une histoire, une vie. C’est là. Là que j’ai ressenti. C’était beaucoup, mais il le fallait.

Et comme je pense qu’il faut être présent, je pense aussi nécessaire, essentiel, d’avoir un bon guide, car visiter des plaines vertes et des ruines sans l’accompagnement d’explications, ça ne produit pas le même effet. Il faut donc bien choisir son guide. Ces explications doivent être communiquées de façon objective, mais avec une implication personnelle, et la confrontation de ces deux critères est difficile. Nous avons eu la chance d’avoir eu, selon mon sentiment, un guide de cette qualité, en la personne de Pierre-Jérôme Biscarat, historien de la Maison d’Isieu, lequel nous a fait faire un tour particulier de Birkenau.

Nous avons aussi eu la chance d’être accompagnés de Paul Sobol. Avoir un témoin nous commentant des lieux vides ou seulement remplis de visiteurs portant des écouteurs comme nous, apporte une autre perception de ces lieux. Paul Sobol nous a parlé de moments spécifiques avec ses propres ressentis, des propos qui nous ont aidés encore à réaliser.

Le soir, j’ai découvert un homme absolument jeune, enthousiaste, plein d’espoir, fort, ouvert, actif et vivant. Son témoignage et la façon dont il nous l’a communiqué ont marqué fabuleusement cette journée éprouvante, car cet homme qui a vécu aux côtés de la mort, sous son aspect le plus inhumain, est ressorti plein de messages d’espoirs. Il est parvenu à nous transmettre tout simplement sa hargne à dévorer la vie. Merci. 

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