A la fin du mois d’octobre 2011, nous avons accompagné un groupe de madrihim (moniteurs) de la Jeunesse Juive Laïque pour un voyage d’études de deux jours à Auschwitz-Birkenau et à Cracovie. La visite de Birkenau s’est révélée la plus particulière, pour avoir eu la chance de suivre un parcours très différent de celui proposé habituellement.
Notre guide, Pierre-Jérôme Biscarat*, historien de la Maison d’Izieu, a choisi de nous emmener, avec notre témoin, Paul Sobol, sur les traces du plus grand centre d’extermination des Juifs d’Europe. Notre visite a commencé hors du centre d’extermination, sur les vestiges de la première grange qui servit d’expérimentation à la mort par le gaz : plus aucune trace de cette grange ne subsiste aujourd’hui, tout juste quelques stèles commémoratives jouxtant les jardins des villas voisines. C’est là tout le paradoxe de Birkenau : la vie a repris ses droits sur l’un des plus grands cimetières d’Europe.
La consternation se manifeste parmi les jeunes. Comment a-t-on pu faire disparaitre toute la singularité de Birkenau en y construisant des habitations ? Notre capacité d’abstraction doit être totale pour ressentir et comprendre l’Histoire. Ce recul est difficile à prendre par des jeunes de 16 ans, tous issus de la « génération de l’image », habitués à « voir ». Nous avons poursuivi notre parcours et traversé la forêt de bouleaux dans laquelle les corps des 44.000 Juifs hongrois furent brûlés à ciel ouvert : là aussi, plus de trace, seul le silence… Un silence pesant qui appelle le recueillement et interroge l’être humain sur la nature humaine.
Un autre moment marquant : dans la terre,des milliers d’objets ayant appartenu aux Juifs exterminés à Birkenau. Tous nous
racontent en partie leur histoire, nous apprennent d’où ils viennent. Voir et toucher ces objets, c’est prendre conscience que des vies ont été sacrifiées pour le motif le plus absurde qui soit : être né Juif.
*auteur avec Jean-François Forges du Guide historique d’Auschwitz, Autrement, 2011.
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