Le gouvernement n’aurait-il pu y songer plus tôt ?

Benjamin Netanyahou n’est certes pas le premier homme politique incapable de contrôler sa majorité ni même ses ministres. Mais rares sont ceux qui, comme lui, ont fait de l’incohérence une méthode de gouvernement.

« On lui demande de se lever, il veut s’asseoir et tout le monde pense qu’il va se coucher ». Ainsi, dans les années 30, Winston Churchill décrivait-il un de ces ministres de Sa Majesté qui menaient alors la Grande Bretagne à la catastrophe.

Qu’aurait-il dit de l’actuel Premier Ministre israélien ? Par exemple de sa gestion de cette histoire de rampe qui relie le Mur des Lamentations  à l’esplanade des Mosquées à Jérusalem.* Voici deux jours à peine, les autorités israéliennes avaient décidé de sa fermeture.

Raisons de sécurité : risques d’incendie et/ou d’effondrement. Hurlements des Palestiniens et des Jordaniens. Illico, le Premier décide de la rouvrir. Et les dangers, alors ? Plus de problèmes : on a ajouté deux extincteurs ! Le gouvernement n’aurait-il pu y songer plus tôt ?

Autre exemple : le gel des versements de fonds à l’Autorité palestinienne, annoncé à grands roulements de tambours le 1er novembre. Israël entendait ainsi sanctionner avec force l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO. Protestations des Etats-Unis et des pays européens.

Les versements ont repris le 30 du même mois. Selon le journal Welt am Sontag, entre autres, parce que c’était une des conditions imposées par l’Allemagne pour vendre un sous-marin à la marine israélienne… Le gouvernement n’aurait-il pu y songer plus tôt (bis) ?  

De même, pour la récente offensive des « durs » du Likoud et de l’extrême droite à la Knesset. Ils y ont déposé une série de projets de lois s’en prenant aux fondements mêmes de la démocratie israélienne. Le Premier ministre a laissé faire.

Deux de ces projets visaient à limiter les compétences de la Cour suprême et, plus globalement, à subordonner la Justice au politique. B. Netanyahou vient de les rejeter. Au nom de « l’indépendance des tribunaux ». Le gouvernement n’aurait-il pu y songer … (ter)

Et la proposition de loi visant à restreindre l’aide financière de gouvernements étrangers aux ONG israéliennes ? Après l’avoir acceptée, le Premier ministre a soudain songé à questionner le Procureur général de l’Etat, Yehuda Weinstein, sur sa légalité.

« Un texte contraire à la liberté d’expression, à  la liberté d’association et au droit à l’égalité », bref, anticonstitutionnelle. Telle fut la réponse. Le gouvernement n’aurait-il… Et il en ira sans doute de même pour un autre  projet visant à limiter la liberté de la presse.

« Des criminels et des terroristes juifs »

Infiniment plus grave et dangereuse est l’incohérence de B. Netanyahou par rapport à la violence croissante dans les Territoires occupés. Le Premier ministre -comme, hélas, tous ses prédécesseurs- a encouragé et aidé les colons à s’installer en Cisjordanie.

Comme eux, il a aussi laissé se développer l’idée qu’ils jouissaient d’une quasi-immunité pour tous les excès commis envers les Palestiniens. Dans la foulée, toute une jeunesse a été élevée dans l’idée qu’il n’existait aucune limite au droit des Juifs de bâtir le « Grand Israël ».

Non sans logique, une partie d’entre eux s’en sont donc voici peu pris à l’armée israélienne. N’était-elle pas coupable de vouloir détruire des colonies illégales ? Ils ont donc vandalisé deux bases de Tsahal, jeté des pierres, menacé la vie d’officiers. Pour commencer.

Du coup, alors qu’un de ses ministres qualifiait ces activistes « de criminels et de terroristes juifs », B. Netanyahou a ordonné aux services de sécurité d’agir « agressivement contre ceux qui attaquent nos soldats ». Le gouvernement n’aurait-il pu y songer plus tôt ?

Une dernière, plus anecdotique ? L’actuel Premier ministre a dû annuler en catastrophe une campagne de presse lancée par son Ministre de l’Intégration pour dissuader les Israéliens d’épouser des Juifs américains. Trop insultante. Le gouvernement…

Ceci dit, tout n’est pas incohérent dans la stratégie de l’actuel Premier ministre. Ainsi, à part un très théorique « gel », n’a-t-il jamais varié sur la poursuite de la colonisation. Quant à ses conséquences, ce gouvernement n’entend y songer ni plus tôt ni plus tard.

*http://www.cclj.be/article/2/2561

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