Le franco-palestinien Salah Hamouri a donc été libéré par les Israéliens ce 18 décembre 2011. Une libération qui s’inscrit dans le cadre de l’échange d’un millier de Palestiniens contre Guilad Shalit. Retour sur une histoire emplie de contradictions.
Tout commence en mars 2005, lorsque Salah Hamouri, 20 ans, est arrêté sur une route de Cisjordanie. Le jeune homme, né d’un père palestinien et d’une mère française, a été dénoncé.
On l’accuse de préparer un attentat contre le chef spirituel du parti ultra-orthodoxe Shass, le rabbin Ovadia Yossef. Les Israéliens prennent l’affaire très au sérieux : Hamouri a déjà été emprisonné à deux reprises.
Il est aussi suspecté d’être membre du « Front populaire de Libération de la Palestine », une organisation qui a commis de nombreux attentats anti-Israéliens dont l’assassinat, en 2001, de l’ex-général et politicien d’extrême droite Rehavam Zeevi.
L’instruction du procès de S. Hamouri dure trois ans et, pour l’accusation, les preuves s’accumulent : les caméras de vidéosurveillance montrent qu’il est bien passé en voiture un soir devant le domicile du rabbin Yossef.
Il se confirme aussi que l’accusé connaissait bien un certain Moussa Darwish. Or, celui-ci admet avoir eu le projet d’ouvrir le feu sur la maison du rabbin Yossef (Il écopera de 12 ans de prison pour cela).
Les défenseurs d’Hamouri contestent chacun des points. Les deux premières arrestations ? Des punitions pour les actes d’un lycéen qui milite pacifiquement (en collant des affiches illégales, par exemple…).
L’appartenance au FPLP ? L’accusé nie. Il n’est qu’un sympathisant. L’organisation dément aussi et il n’y a aucune preuve de son implication. Le projet d’attentat ? Il nie aussi. Il n’y a aucune preuve, et de toute manière, il s’agit d’un projet, « loin de toute réalisation ».
Mais lorsque le procès s’ouvre, en 2008, Salah Hamouri change d’attitude. Sur les conseils de son avocate, il accepte de plaider coupable, ce qui lui permet de « négocier » sa peine. Il évite ainsi les 14 ans requis par le procureur, pour être condamné à 7 ans de prison.
L’affaire aurait pu s’arrêter là, si ce n’était que depuis juin 2006, le soldat Guilad Shalit est aux mains du Hamas à Gaza. Les partisans de Salah Hamouri tentent d’exploiter les ressemblances entre ces deux citoyens français injustement emprisonnés.
Au fil du temps, ils déplorent aussi les inégalités de traitements : le gouvernement français, Nicolas Sarkozy en tête, s’investit beaucoup plus pour le franco-israélien que pour le franco-palestinien.
Israël : « aucune ressemblance entre Shalit et Hamouri »
La diplomatie française se défend : Hamouri a bénéficié de la protection consulaire habituelle. Le Consul de France en Israël a assisté à son procès et lui a rendu visite en prison avec régularité.
En plus, explique-t-elle, Israël est un Etat de droit dans lequel la justice est indépendante. On peut déplorer sa sévérité, mais l’accusé a tout de même plaidé coupable… En face, on fait remarquer qu’il s’agissait d’un tribunal militaire, siégeant en Cisjordanie de surcroît.
Et on se plaint que le Président Sarkozy ait, à plusieurs reprises, refusé de recevoir la famille Hamouri. On admet cependant que, ces derniers temps, l’Elysée comme Matignon étaient plus actifs sur la question.
Côté israélien, on récuse avec indignation toute ressemblance entre les deux cas : S. Hamouri a été jugé de manière transparente et condamné pour crimes graves. G. Shalit n’a été accusé de rien. La seule cause de sa séquestration, c’est qu’il était israélien.
Sans parler des différences de traitement : la famille du soldat Shalit n’a reçu qu’une seule preuve de vie, en 2009, et personne n’a pu l’approcher durant sa captivité. S. Hamouri, lui, a été bien traité. Il a reçu avec régularité la visite de ses proches et des autorités françaises.
A noter que le gouvernement israélien a demandé l’opinion d’Ovadia Yossef sur la libération d’Hamouri. Après avoir consulté quelques Juifs de France, proches de son idéologie, il a donné son feu vert. « Pour resserrer les liens entre la France et Israël »…
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