Des décennies que les démographes le disent et que la droite refuse d’en tenir compte : il y aura bientôt davantage de Palestiniens que de Juifs dans le « Grand Israël ». La différence, c’est que maintenant, en 2012, « bientôt » signifie « demain ».
Molle ou dure, la droite israélienne a toujours eu un problème avec le principe de réalité. Surtout lorsqu’il ne lui convient pas. Au mieux, elle l’ignore, au pis, elle en dénie l’existence et préfère invectiver ceux qui l’évoquent.
Exemple- type : la démographie. Depuis les années 1990 au moins, démographes et statisticiens l’affirment : à moyen terme, les Juifs cesseront d’être majoritaires entre la Méditerranée et le Jourdain, soit la Bande de Gaza, Israël et la Cisjordanie.
Chaque fois qu’ils ont pris conscience de cette réalité, les dirigeants israéliens de droite ou de gauche ont tenté de changer de cap. Ce fut le cas d’Yitzhak Rabin ou d’Ariel Sharon. Et même Benjamin Netanyahou s’en inquiète, chaque fois qu’il pense à autre chose qu’à sauver sa coalition.
Car les chiffres publiés par le Bureau central de statistiques d’Israël* sont simples, clairs. Et implacables :
– En 2000, le « Grand Israël » comptait, en chiffres arrondis, 5,1 millions de Juifs et 4,2 millions d’Arabes (israéliens et palestiniens).
– En 2011, les chiffres sont passés à 5,9 millions de Juifs et 5, 2 millions d’Arabes
– En 2015, ce sera l’équilibre : 6,3 millions des uns et des autres
– En 2020, il y aura 6,8 millions de Juifs et 8,5 millions d’Arabes sur le territoire du « Grand Israël »
– En 2050, il y aura 8 millions de Juifs et 14 millions d’Arabes sur ce qui sera alors, très probablement, la « Grande Palestine ».
Ces chiffres intègrent aussi bien une baisse de l’indice de fécondité des Palestiniennes qu’une stabilité, voire une légère augmentation, de celui des Israéliennes. Ils prennent aussi en compte une alyah « normale ».
Admettons que rien ne change, que les dirigeants israéliens s’obstinent à vouloir agrandir leur territoire originel, acquis pendant la guerre de 1948-49. En 2020, il n’y aura plus de majorité juive dans le Grand Israël. Et 2020, à l’échelle humaine, c’est demain.
La 21e Knesset de l’Etat de Palestine
A cette date, les choix des dirigeants israéliens seront alors remarquablement limités :
– Espérer un miracle d’antisémitisme. Qui, par exemple, amènerait 5 millions de Juifs américains en Israël. Ou le retour du Messie qui règlerait toutes ces bricoles.
– Organiser le « transfert » (en profitant de troubles graves, ou d’un conflit armé) de plusieurs millions d’Arabes vers leur « vrai » pays, la Jordanie ou n’importe où aileurs.
– Jouer le jeu démocratique et, après les élections de la 21e (ou 22e) Knesset, la première loi votée par la majorité arabe sera de remplacer la dénomination « Etat d’Israël » par « Etat de Palestine ».
– Jouer le jeu de « certains citoyens sont plus égaux que d’autres ». Comme à l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud. Faut-il vraiment entrer dans les détails ?
A moins que d’ici là, et le plus vite possible, les Israéliens ne reviennent à la raison et se décident à négocier vraiment avec les Palestiniens. Et cessent aussi de gaspiller leur sang, leur énergie et leur argent dans une Cisjordanie aussi inutile que mortelle pour eux.
Un retour à un Israël, vivant enfin en paix et, bien assez grand pour ses citoyens présents et à venir : le Néguev, qui représente 50% de sa superficie est quasi vide. Et surtout un Israël avec une majorité bien établie : 75% de Juifs…
* http://www.israel-infos.net/Israel–Demographie–en-2020-plus-de-palesti… et http://www.ined.fr/fichier/t_publication/791/publi_pdf1_pop_et_soc_franc…
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