Dans un document éducatif confectionné à l’occasion de la fête de Hanoucca par l’aumônerie générale de Tsahal, les soldats ont pu découvrir une carte postale de Jérusalem sur laquelle le Dôme du rocher est effacé du paysage. Maladresse ou volonté délibérée de rayer toute trace de présence musulmane dans cette ville ?
La religion et l’histoire ont souvent été des instruments efficaces pour forger des projets politiques. La fête de Hanoucca en est un bel exemple. Tant chez les Juifs les plus laïques que chez les religieux, cette fête est célébrée comme l’expression de la résistance juive contre l’oppression. Dans le matériel éducatif que l’aumônerie générale de l’armée israélienne a adressé aux soldats à l’occasion de Hanoucca, l’héroïsme juif était illustré d’une manière atypique et curieuse : une photo de Jérusalem sur laquelle le Dôme du rocher (Mosquée d’Omar) a disparu.
En réponse aux réactions d’indignation, le porte-parole du Grand rabbin de l’armée tenait à préciser qu’il s’agissait simplement d’illustrer Jérusalem à l’époque du Second temple, période pendant laquelle les mosquées n’existaient pas encore ! Comment se fait-il alors que cette photo montre les fidèles juifs rassemblés devant le Mur des lamentations dans sa configuration actuelle ? Pas de commentaires supplémentaires.
Symboles très forts
Dans le climat actuel, il est difficile de ne pas lier cette initiative regrettable à la volonté des milieux nationalistes religieux de faire de Jérusalem une ville où toute trace palestinienne aurait disparu. Et pour mieux préparer les mentalités, pourquoi ne pas commencer par des petites choses comme des cartes postales ou des images qu’on distribue aux soldats ?
L’armée peut se réfugier derrière des arguments « historiques », mais personne n’ignore que Jérusalem et son histoire sont chargées de symboles très forts pour les Juifs et pour les musulmans. Si bien que le sujet est explosif. Par le passé, des initiatives aussi anodines en apparence ont provoqué des crises graves dans cette ville paradoxalement symbole de paix.
Alors que dans certains milieux juifs de diaspora, on s’indigne à juste titre qu’Israël ne soit pas mentionné sur les cartes du Proche-Orient diffusées par des organisations syndicales ou la presse, on peut regretter que des pratiques de ce type existent aussi côté israélien.
Il existe malgré tout des rabbins ulcérés par le positionnement idéologique de l’aumônerie générale de Tsahal. Cet incident ne sera pas le dernier et il ne fait qu’illustrer la radicalisation du monde religieux qui bénéficie malheureusement de l’indulgence de la classe politique israélienne.
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