Quand le bâtiment va…

Qui a dit que le gouvernement Netanyahou était inconstant et incompétent ? Il existe au moins un domaine où il mène une politique persévérante, habile et efficace. Dommage que ce soit celui de la colonisation…  

Le déplorable retard  de constructions causé par le très partiel « gel » de novembre 2009 à septembre 2010 a été comblé. En 2011, selon le Ministère de l’Intérieur, le nombre de colons de Cisjordanie s’est accru de 4,3%, passant de 327.712 à 342.414.

Et, de son côté le rapport annuel de Shalom Archav (« La Paix maintenant ») fait état d’une augmentation de 20% des constructions dans les colonies (soit 1.850 logements de plus). A ajouter, bien sûr des 3.000 déjà en construction.

A noter aussi que 35% de ces nouvelles habitations se trouvent au-delà de la « barrière de séparation ». Ce qui amène à 100.00 le nombre de colons installés sur le territoire d’un très hypothétique Etat palestinien.

Car, il n’y a guère que deux cas de figure : soit il faudra les évacuer. Mais pourquoi, dès lors, les avoir autorisés à s’installer là et avoir gaspillé de l’argent pour leur bâtir des logements ? Et d’ailleurs la droite aura-t-elle la volonté et le courage de les ramener en Israël ?

Soit Israël exigera que ces colons restent sur place, ce qui empêchera, de facto, la création d’un Etat palestinien. Comment ceux-ci tolèreraient sur un territoire aussi minuscule, la présence de 100.000 personnes hostiles et en armes ?

On imagine la réaction des Israéliens qui font mine de croire cela envisageable si les Palestiniens demandaient la réciprocité sur leur territoire… Bref, à mesure qu’elle croît, la colonisation de la Cisjordanie remet davantage en cause la solution « à deux Etats ».

Par ailleurs, le ministère recense aussi quelque 300.000 colons dans et autour de Jérusalem-Est et environ 20.000 sur le plateau du Golan. On arrive donc à un total de 772.000 Israéliens partis s’installer d’une façon qu’ils espèrent définitive, hors de l’Etat d’Israël.

Une attitude que l’on pourrait comprendre chez des Juifs ultra-orthodoxes rejetant ou haïssant l’Etat d’Israël. Mais l’écrasante majorité de ces Israéliens ayant fait leur « yérida »* clament leur sionisme et se réclament même des « pionniers » d’avant l’Indépendance.

Il n’est guère plus aisé de concevoir pourquoi tous ces ardents partisans du « Grand Israël » marchent avec allégresse vers un Etat binational où les Juifs seront minoritaires dans moins de trente ans.
« Ces choses là sont rudes/ Il faut, pour les comprendre, avoir fait des études » aurait dit Victor Hugo…

*Yerida ( litt. « descente ») : le fait de quitter Israël à l’inverse de « l’alyah » (« montée ») qui signifie s’y installer.

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