Partout la crise. Partout des impôts sans pitié. Et partout, la grève en guise de riposte. Même dans la bande de Gaza. Même dans les tunnels avec l’Egypte.
Depuis 2007 et la venue au pouvoir du Hamas, les tunnels clandestins avec l’Egypte voisine ont joué un rôle vital pour l’économie et la vie quotidienne dans la bande de Gaza. Certes, ils ont soufferts d’être soumis aux contrôles de l’Egypte comme aux bombardements israéliens.
Mais cela n’a pas empêché nombre de ces souterrains d’être agrandis et consolidés au point de devenir de vraies voies de circulation. Et c’est par là qu’ont longtemps transité nourriture et mazout, matériau de construction et meubles, ordinateurs et voitures.
Sans oublier les armes, kalachnikovs aussi bien que roquettes. Mais, selon le journal Al-Akhbar publié à Beyrouth, la crise frappe aussi ces petites entreprises. D’abord, parce que, depuis deux ans, Israël a accru le nombre de produits autorisés à entrer à Gaza.
Ensuite, parce que, à partir de mai 2011, l’Egypte a rouvert de façon (en théorie) permanente sa frontière. Davantage de biens de consommation circulent donc au grand jour. Même si le Caire ferme encore de temps en temps ses points de passage, en cas d’attentats, par exemple,
Mais cela ne suffit pas à compenser la chute du trafic. Laquelle entraîne, bien sûr, une diminution des rentrées des propriétaires des tunnels. Et c’est dans ce déplorable contexte économique que le Hamas a décidé d’augmenter les taxes qu’ils doivent payer.
Il est juste de préciser qu’en dehors de ses financements étrangers, c’est une des rares ressources de ce gouvernement. Du coup, il prend, par exemple, 2 dollars 50** sur une tonne de gravier, 5 $ pour une tonne de ciment et jusqu’à 12,50$ pour une tonne d’acier.
De même, Le Hamas impose-t-il durement les très demandées pièces de rechange pour autos et motos ou le carburant qui leur est indispensable. Mais là où la coupe de ces petits entrepreneurs a débordé, c’est à propos des voitures elles-mêmes.
Debout ! les damnés de la sous-terre !*
Elles étaient déjà taxées d’un minimum de 6.000 $ -ou davantage selon le modèle- et voici que le gouvernement en exige 1.000 supplémentaires ! Et pas question d’essayer de frauder le fisc gazaoui.
Car le Hamas a aussi accru le nombre de points de contrôle entre la zone des tunnels et Gaza elle-même. Du coup, comme le concept du « trop is te veel » est universel, les « damnés de la sous-terre » sont partis en grève illimitée depuis ce 10 janvier.
Le trafic avec l’Egypte, il ne passe plus par eux. Et comme les islamistes ne sont pas nécessairement adeptes du dialogue social, la situation est pour l’instant bloquée. A moins que la Ligue arabe ne tente une médiation ?
Ce qui serait bien aussi, c’est que nos organisations d’extrême gauche, si pro-palestiniennes, se manifestent un peu. Quand défile-t-on pour soutenir la juste lutte des masses laborieuses de la bande de Gaza contre ce gouvernement d’exploiteurs et de bigots, camarades?
*Libre adaptation du premier vers de « L’internationale » d’Eugène Pottier.
**1 dollar = 0,78 euro