Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? En tout cas, ni les guerres ni les boycotts n’interrompent tout à fait le commerce avec l’adversaire. C’est le cas entre Israël et ses voisins/ennemis. Y compris dans le domaine sécuritaire.
Il y a bien sûr les mafias, grandes ou petites, qui ne connaissent pas de frontières pour leurs activités : traite d’êtres humains, contrebande de drogue, etc. Des trafics « super-illégaux » pourrait-on dire, interdits par tous les Etats du Moyen-Orient.
Mais il existe aussi un important business entre Israël, les pays arabes et même l’Iran. Interdit, mais officiel. Quitte, s’il est révélé par les médias, à susciter, de part et d’autre, une colère ou une stupéfaction souvent quelque peu surjouée.
Ainsi, y a-t-il eu, voici peu, le « scandale des crayons ». Un site web d’Arabie saoudite a découvert qu’une chaîne de « hard discount » du pays vendait des crayons à colorier israéliens. Et moitié moins cher qu’en Israël, qui plus est.
Fureur à Ryad et incrédulité peinée du PDG de la société productrice « Kravitz » qui jure ses grands dieux que ses crayons sont uniquement destinés au marché israélien… Dans un domaine moins culturel, il y a aussi cette révélation du quotidien Haaretz :
L’Arabie saoudite fournirait à Israël les matières premières nécessaire à la production de plastique et acquerrait en contrepartie des produits finis (plastiques d’emballage ou « couvertures » pour serres agricoles).
Et l’état de guerre entre les deux pays ? Facile : les produits transitent par un pays tiers, la Turquie en l’occurrence, qui, moyennant commission, enlève toute les indications dérangeantes, comme « made in Israël », par exemple, et fait suivre…
Selon la même source, bon nombre des gilets pare-balles de l’armée saoudienne proviendraient d’une société israélienne. Laquelle, par coïncidence, fournit également les soldats américains basés dans le Royaume…
Même système avec les Emirats Arabes Unis (Abou Dhabi, Dubaï…) ou le Qatar. Des ingénieurs israéliens auraient ainsi participé à la construction des luxueuses îles artificielles en forme de palmier de Dubaï. En tant que personnel d’une entreprise italienne.
Les EAU auraient aussi acquis tant des produits que du savoir-faire israéliens dans les domaines médicaux ou agricoles. Et même de la haute technologie qui transiterait, elle, par des compagnies américaines.
Des logiciels pour l’Iran
Car l’ensemble des Etats du Golfe sont plus qu’inquiets des risques de détabilisaiton ou d’agression de leur puissant voisin iranien. En conséquence, ils multiplient les achats d’armes aux Etats-Unis dont la coopération militaire avec Israël n’est pas un secret.
D’où la tentation de se fournir directement à la source.
Ainsi, un Emirat aurait-il tenté d’acquerir des drones de la société israélienne Aeronautics. Une transaction bloquée in extremis par le Ministre Ehoud Barak, ce qui aurait entrainé la démission du PDG de la societé.
Il semblerait aussi que la protection des champs pétrolifères de certains Etats serait assurée par des firmes de l’Etat juif. Y compris avec des spécialistes israéliens évoluant sur le terrain. Plus étonnant encore, il existerait d’importants échanges commerciaux entre l’Iran et Israël.
Et ce, alors que les deux pays se boycottent mutuellement : les Iraniens par haine de « l’entité sioniste » et les Israéliens dans le cadre des sanctions contre le programme nucléaire de Téhéran. Pas de quoi cependant arrêter les hommes d’affaires des deux pays.
Ainsi, en 2010, les Etats-Unis ont-ils placé le puissant groupe israélien « Ofer » sur « liste noire » pour cause de commerce illégal avec l’Iran. Autre scandale révélé voici peu : la vente de logiciels israéliens de surveillance d’Internet.
Ces programmes auraient transité par le Danemark -pays par ailleurs très anti-israélien- où ils étaient reconditionnés. Téhéran a bien sûr démenti avec virulence et les vendeurs israéliens ont assuré ne pas être au courant de la destination finale de leurs produits. Si non e vero…
Tout cela alors que la campagne de boycott d’Israël (v. encadré), soutenue par tous ces Etats bat son plein. Quoique, avec des effets, semble-t-il, assez limités. Surtout dans ces conditions…
Dès sa création, en 1945, la Ligue arabe instaura une interdiction de commerce de marchandises « sionistes » ou « juives ». Un peu plus tard, ce boycott s’étendit à toute société commerçant elle-même avec Israël.
Il fut respecté jusqu’à la fin des années 1970 par tous les Etats- membres de la Ligue. L’Egypte fut le premier pays à y renoncer en 1980. Petit à petit, il fut abandonné après les Accords d’Oslo de 1993, sauf par le Liban et la Syrie.
Puis, il reprit en 2005 avec le lancement du « BDS » (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) soutenu par la plupart des Etats arabes. Officiellement, en tout cas. En 2011, BDS a même appelé à un embargo militaire complet de l’Etat juif…