Comment la droite vous ment

Oui, l’affaire Al Dura-Enderlin lasse. Oui, le doute est concevable sur l’origine des tirs qui ont tué l’enfant et tué le père à Netzarim voici 12 ans. Mais l’interminable débat actuel ne porte plus sur ces points depuis longtemps.

Ce qui est en cause, ce sont les mensonges, les insultes, les campagnes haineuses que la droite lance depuis lors contre Charles Enderlin. Et à travers lui contre la liberté de la presse en général  et celle des journalistes juifs et/ou israéliens en particulier.

Ce combat, initié, voulu et entretenu par la droite juive francophone ne saurait laisser indifférent ceux qui, tout simplement, ne croient pas qu’un mensonge braillé et répété devient pour autant une vérité.

Le dernier exemple de ces incessantes déformations voudrait que « la vérité ait éclaté »  parce que le médecin israélien Yéhuda David a gagné un procès en France. Là encore, comme le montre cet article du Dr Rafi Walden*paru dans Haaretz**, il n’en est rien.

O.W.

« En Septembre 2000, le monde a été choqué par les images de Mohammed al-Dura se faisant tuer dans les bras de son père, Jamal, qui a été blessé. Le fils et le père ont été pris sous un feu croisé entre les forces israéliennes et les militants palestiniens à Netzarim  (bande de Gaza).

Dans les années suivantes, les débats ont fait rage sur l’authenticité de la séquence; ses détracteurs affirmant qu’il s’agissait d’une mise en scène, que le garçon était vivant et que le son père n’avait pas été blessé.

Le Dr David a ainsi déclaré que c’est lors d’une bagarre en 1992 que le père avait été blessé par un couteau et une hache et que lui-même l’avait opéré  et soigné. Les plaies en question étaient des blessures profondes à la main et aux tendons de la main droite de Jamal al-Dura

Mon propos n’est pas d’émettre une opinion sur ce qui s’est passé ou non durant la fusillade du 30 septembre 2000 même si j’espère de tout cœur que personne de Tsahal n’est impliqué dedans.

Mon seul but est de répondre à ce témoignage du Dr David, qui a été couvert d’éloges par le Premier ministre pour avoir défendu la réputation d’Israël. Les faits sont complètement différents.

Après la fusillade de 2000, Jamal al-Dura a été soigné dans la bande de Gaza puis transféré le lendemain à l’hôpital  « Roi Hussein » d’Amman. J’ai vu son dossier médical qui compte 50 pages dont des photos et des radiographies des blessures.

Le Dr David a affirmé qu’il était incontestable que les blessures (de Jamal Al Dura) étaient identiques à celles qu’il avait traitées en 1992. Le dossier médical réalisé à Amman parle de plaies complètement différentes: une blessure par balle dans le poignet droit, un os brisé à l’avant-bras, une blessure par balle dans la cuisse droite, une fracture du bassin, une sortie de balle dans les fesses, une déchirure dans le nerf principal de la cuisse droite, des déchirures dans les artères et les veines de l’aine et deux blessures par balle dans la jambe gauche (…)

Le Dr David n’a bien sûr, pas pu examiner Jamal Al Dura mais il a aussi ignoré les données fournies par l’hôpital d’Amman. Ce qui semble étrange, sachant que ce dossier médical est accessible à toutes les parties concernées depuis des années. (…)  

Je voudrais aussi préciser le sens du récent jugement du tribunal français. Son verdict ne conclut pas que les déclarations de M. David sont vraies. Le tribunal a seulement estimé que ses conclusions étaient rédigées de bonne foi, sur la base des informations qu’il avait en sa possession, et que ces conclusions  sont protégées par les principes de la liberté d’expression. 

A quoi il faut ajouter que le même tribunal a condamné le  journaliste qui a publié le rapport du Dr David dénonçant Jamal al-Dura à payer 6.000 euros de dommages-intérêts à ce dernier.

Je pense que la bonne réputation d’Israël mérite une défense plus sérieuse qu’une déclaration sans fondements. Et, incontestablement, une telle déclaration ne justifie pas les éloges de Premier ministre d’Israël ».
  
*Rafi Walden est chirurgien et directeur adjoint de l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv.  Il est aussi lieutenant-colonel de réserve de Tsahal et Président des « Médecins israéliens pour les droits de l’Homme »

**http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/rubbing-salt-into-the-wound-1.413383

 

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