Dans le monde entier, les campagnes présidentielles sont propices aux dérapages. Mais celle qui se déroule en ce moment au « pays de l’or noir » sud-américain est particulièrement répugnante.
Ce site s’élève souvent contre la confusion qu’une partie du judaïsme tente d’entretenir entre antisionisme et antisémitisme. Ce rapprochement utilisé pour stigmatiser les opposants à l’actuel gouvernement israélien est souvent scandaleux.
Mais il arrive aussi qu’il soit tout à fait exact, y compris dans les sphères dirigeantes d’un Etat. C’est ce qui se passe en ce moment au Venezuela. Or, ce pays de taille moyenne (900.000 km2 pour 28 millions d’habitants) joue un rôle non négligeable sur la scène mondiale.
Cela pour deux raisons au moins : la première, c’est qu’il possède les plus importantes réserves pétrolières de la planète (296 milliards de barils) loin devant l’Arabie saoudite (264 milliards). La seconde, c’est son président : Hugo Chavez.
Celui-ci, au pouvoir quasi sans interruption depuis 1998, se réclame d’un socialisme « bolivarien », autrement dit autoritaire et populiste. Moyennant quoi, l’économie part à vau l’eau, le chômage est en hausse, l’inflationatteint les 27%, et la criminalité galope.
Mais, pour l’instant, la manne pétrolière dissimule tous ces petits soucis. C’est donc sans trop d’inquiétudes que Chavez, bien qu’atteint d’un cancer, brigue un nouveau mandat présidentiel. Une élection suivie avec intérêt et méfiance de par le monde.
Car Hugo Chavez est très remuant en politique étrangère et n’hésite guère à nouer d’étranges alliances. Il fut le « grand ami » de Mouammar Kadhafi et considère à présent le président iranien Amadinedjad comme son « frère »
Quels points communs entre le socialisme athée de Chavez et la très bigote mollarchie iranienne ? Un seul : une haine entière, absolue des Etats-Unis, considérés comme la source de tous les maux de la planète.
Cette détestation s’étend aussi à Israël, le fidèle allié de Washington. En 2009, après l’opération « Plomb durci » menée à Gaza, Chavez avait qualifié l’Etat juif, d’« assassin » et de « génocidaire » avant de rompre ses relations diplomatiques avec lui.
Et, quelques mois plus tard, une vague d’acte antisémites frappait la minuscule communauté du pays :synagogues profanées, appel au boycott des magasins juifs, agressions, etc. Tous actes mollement condamnés par le pouvoir qui en rejeta la faute sur… l’opposition.
Après quoi, la communauté juive, dont le nombre était déjà passé de 18.000 à 9.500 en dix ans, connut une nouvelle vague de départs. Suivirent quelques années d’un calme relatif jusqu’à ce que l’antisémitisme réapparaisse avec une violence accrue.
Le candidat de l’opposition ? Sioniste et homosexuel
Le prétexte en est, cette fois, le candidat de l’opposition qui affrontera H. Chavez aux présidentielles prévues en octobre de cette année. C’est qu’Henrique Capriles-Radonski est un adversaire redoutable.
Déjà, sa jeunesse (39 ans) et son physique dynamique contrastent avec l’actuel Président plus âgé, usé par le pouvoir et malade de surcroît. Il affiche aussi une modération et un pragmatisme qui changent des foucades et des colères de Chavez.
En plus, Capriles n’a guère connu dans son ascension météorique. Maire de la ville de Baruta, sénateur, président de la Chambre des députés, gouverneur de l’Etat de Miranda… Par ailleurs, même s’il est issu d’une famille fortunée, il défend une politique de centre-gauche.
Du coup, la panique s’est emparée du pouvoir où l’on fait flèche de tout bois. Par exemple, en s’en prenant aux origines juives du candidat. Lequel, s’il n’a jamais dissimulé que ses grands-parents fussent juifs, a été baptisé à sa naissance.
Et il est devenu un catholique (très) pratiquant. Capriles a, par exemple, dédié sa victoire aux primaires à la Vierge Marie. Détail pour les médias liés au pouvoir. Un hebdomadaire a publié un montage le représentant avec une Etoile de David au revers de son veston.
Le site d’une radio l’a accusé d’être sioniste et lié en secret à Israël, la CIA et, si déjà, à l’Opus Dei avant de conclure : la présidentielle se jouera entre « la révolution bolivarienne (…) et le sionisme international, qui menace de détruire la planète que nous habitons ».
Sioniste, Capriles serait aussi nazi. Toujours selon la même radio, il serait membre d’un « groupe sectaire catholique aux sympathies néo-nazies ». Un groupuscule qui a cherché par le passé à assassiner Jean Paul II.
Et qui veut à présent « exterminer les noirs, les métis, les communistes et les pauvres ». Pour faire bonne mesure, un présentateur de la télévision d’Etat s’en est également pris à la vie sexuelle d’Henrique Capriles qui a le malheur d’être encore célibataire.
Une tare suffisante pour l’accuser d’avoir été « arrêté par la police alors qu’il faisait une fellation dans une voiture ». Après quoi, Capriles aurait usé de ses relations pour forcer la police à abandonner les charges…
Le tout sans la moindre preuve, bien sûr. Ce qui n’a pas empêché Hugo Chavez de l’accuser de mener « une vie de porc ». La police, elle s’est refusée à tout commentaire. Avec tout cela, les sondages donnent toujours Chavez en tête avec 60% des voix.
Il est vrai que le pouvoir multiplie ces derniers temps les promesses et les cadeaux (allocations pour les mères célibataires, hausse des pensions, etc.) En plus, Hugo Chavez a prévenu : en cas de victoire de la bourgeoisie, « nous ne resterions pas les bras croisés », ajoutant que « les militaires ne sont pas manchots non plus ».
Henrique Capriles aura donc besoin du soutien de beaucoup de saints catholiques pour accéder –sans parler d’ y demeurer – au Palais présidentiel de Miraflorès. En attendant, on sait déjà qui a perdu cette élection : les Juifs du Venezuela qui n’en demandaient pas tant…
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